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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 12:47

petits-vieux-sur-un-banc-public--P7051843.JPGDe la personne âgée, je n’en vois pas de description précise. En observant celles avec qui je vis quotidiennement, moi-même ayant 80 ans, je ne discerne pas de type qui rendrait compte de toutes. Arrivé à un grand âge, chacun est unique selon sa propre histoire, sa culture, son propre vieillissement. Ce qui m’a frappé, c’est d’abord la diversité : passé 85 ans on ne peut pas donner d’âge à celui ou celle avec qui on vit ; ils sont plus ou moins vieux indépendamment de leur âge. Cela est un problème de tête et de jambes.


Celui ou celle que nous rencontrons est unique : si semblable à nous et si différent qu’il est à découvrir, chargé de mystère. Il peut être attirant ou repoussant… Il est toujours quelqu’un que la vie nous donne de côtoyer : ce n’est jamais pour rien.


Vieillissement du corps : c’est très diversifié. On est touché dans ses capacités de vie , plus ou moins et pas de la même façon : motricité, acuités visuelles ou auditives, fonctions physiologiques diverses, possibilité de récupération après un effort ou une nuit sans sommeil, etc. Le vieillissement du corps dépend aussi beaucoup des divers handicaps de santé quelquefois très anciens. Ce qui fait que l’un de 80 ans se traîne tandis qu’un centenaire trotte comme un jeune ou lit sans lunettes. Mais, chez tous, il y a des usures du corps qui sont à vivre et qui, vue notre fragilité, peuvent vite entraîner un changement de cadre de vie par perte d’autonomie. Dans notre RPA, la maladie ou la mort frappent sans qu’on s’y attende et nous renvoient à notre finitude, à notre fragilité. On peut dire que les personnes âgées ont intérêt à chercher à maintenir leur forme par de la marche ou de la gymnastique douce. Elles ont trop tendance à rester calfeutrées dans leur chambre et à se laisser gagner par de la somnolence.


Quant au vieillissement de la tête, c’est le plus redouté. On en a souvent peu conscience pour soi-même, mais on le voit tellement chez le voisin que beaucoup disent qu’ils ont peur d’en arriver là. Une perte de mémoire c’est banal, et l’individu en a conscience. Mais une perte de perception du réel, comme ne plus savoir où l’on est, où l’on va, où est notre place à table, si ce n’est pas perçu de l’individu, c’est plus dramatique.


De même la perte du pouvoir de décision : on entend souvent : il faudra que je demande à ma fille ; c’est ma fille qui décidera. Il y a souvent dans cette réaction l’aveu d’une perte d’autonomie, de maîtrise, la recherche d’une sécurité, la fuite d’une responsabilité, un abandon de soi.

 

A l’inverse celui qui a bien sa tête peut ne plus supporter les interventions de sa fille : c’est quelquefois la cause d’affrontements qui laissent un malaise intérieur. Et pourtant, heureux celui qui a un fils ou une fille pour l’accompagner dans sa vieillesse !


Cette perte du pouvoir de décider par soi-même amène aussi les responsables de la RPA à plus de vigilance et entraîne quelquefois la personne à penser qu’elle est traitée comme un enfant. Et les autres réagissent en disant qu’ici on est traité comme des enfants.


Il arrive que médecin, famille et la direction de l’établissement décident de faire partir quelqu’un en maison de retraite médicalisée. Dans l’entourage, c’est mal vécu : c’est une menace pour eux-mêmes. Mais c’est aussi ressenti comme un renvoi : on s’est débarrassé de quelqu’un, on l’a viré. Ils ne voient pas que la personne n’était plus ici en sécurité, que la nature de notre maison n’était pas faite pour une personne devenue dépendante.


Par ailleurs une personne âgée n’aime pas être dérangée dans ses habitudes, être bousculée comme certaines disent . Les changements qui entraînent des pertes de repères les troublent. Changements de place à table, de disposition des meubles, mais aussi changement du personnel ou de la direction.


Il est un changement qu’elle ne perçoit pas forcément : c’est le sien. Une personne âgée vieillit, elle est toujours vieillissante :si elle est dans notre maison depuis plus de dix ans elle trouve que la maison a bien changé, que ce n’est plus comme avant. Avant on avait des animations, on riait on jouait aux cartes, on dansait, on vivait «ensemble» ... Elle ne se rend pas compte que c’est moins la maison qui a changé qu’elle-même qui a vieilli et ne profite plus des activités proposées.

 

D’autant plus que beaucoup ont vieilli avec elles, ressentent la même chose et se le disent. Le vieillissement de notre société a changé et a entraîné celui des résidents : la moyenne d’âge des résidents a monté considérablement. Et c’est vrai, pour les anciennes, dans la RPA ce n’est plus comme avant. Mais elles ne pourraient plus vivre ce qu’ici elles vivaient « avant ».


Ce qui m’a frappé c’est le peu de conversation ou la banalité des conversations. Beaucoup ne lisent plus, ne peuvent plus bien suivre la télévision qui va trop vite ; il s’ensuit une perte d’intérêt pour les questions d’actualité et un manque de sujet d’échange.


Par contre, passer du temps chez une personne de grand âge et l’écouter parler de sa vie professionnelle, c’est lui permettre de faire revenir des souvenirs qui dans leur évocation lui font revivre des phases de sa vie active. Son visage change d’expression, elle se « redresse », son langage devient plus vivant, l’échange a tendance à durer, elle a envie que l’on recommence. C’est souvent un moment de bonheur.


Cette écoute re-vivifiante mériterait d’être institutionnalisée dans une fonction, un service, de la même façon que l’on a organisé des animations et des ateliers de « mémoire » ou de jeux qui réveillent l’activité intellectuelle.


Dans leur tête beaucoup de personnes âgées pensent que les activités proposées ne sont pas pour elles, car elles se croient incapables de suivre. Si bien qu’on en voit certaines venir regarder le déroulement de l’action sans vouloir s’y engager.


En conclusion : la personne âgée n’est pas finie, mais elle doit être stimulée avec respect et intelligence pour conserver sa vitalité physique et intellectuelle. Trop d’entre elles en collectivité vivent une solitude dévitalisante. Notre société n’a pas encore trouvé les moyens de répondre à cette mission ou ne se les donne pas.


Anecdote pour sourire : Il y a quelques jours mon voisin, qui a plus de cent ans et ses jambes et sa tête, alors que nous mettons la clé dans la serrure de notre chambre pour la nuit, me dit : « Je suis fatigué … » Je lui réponds : « Moi aussi ». Et dans un grand sourire, il me dit : « C’est que nous vieillissons ». J’ai trouvé que cette conscience de vieillir après plus de cent ans était rajeunissante…

à suivre ...

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commentaires

anarchieduchrist 20/10/2010 14:17


BRAVO!


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  • : Eglise unitarienne francophone
  • Eglise unitarienne francophone
  • : Le courant unitarien est né au XVI° siècle et a été la "benjamine" des Réformes protestantes. Il se caractérise par une approche libérale, non dogmatique, du christianisme en particulier et des religions en général. Les unitariens sont près d'un million dans le monde entier. En pays francophones (en Europe occidentale : la France et ses oays d'Outre-Mer, la Wallonie, la communauté francophone de Bruxelles, la Suisse romane, Monaco et Andorre ; au Canada : le Québec ; et en Afrique noire), il s'e
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