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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 21:06

Lu sur le site Petrus fecit , ce poème de Petrus "pétri de matière bretonne" et reproduit avec son autorisation. Il fait partie d’un recueil poétique d’une centaine de pages intitulé SVM (Sum), non encore publié mais mis en ligne sur le site, à ce lien, pp. 70-71. Le poème est récité par l’auteur lui-même, sur fond musical, dans la partie audio du site, à ce lien 

Les unitariens n'ont pas repris à leur compte la condamnation biblique des civilisations "païennes". Mieux, certains d'entre eux retrouvent dans les rituels anciens cette complicité avec la Nature dont ils sont issus et avec laquelle ils font corps mais que le citadin a oublié. Une Nature que l'Homme sait aménager pour son meilleur confort, dont il essaie de prévoir et de contrôler les excès, mais dont il est finalement étroitement interdépendant. 

Il est bel et bien le glébeux Adam des premières pages de la Bible, l'homme que Dieu a pétri d'argile et animé de son souffle. Il est l'éleveur Abel et l'agriculteur Caïn en compétition lors du renouveau de la végétation. Il est comme Josué qui veut arrêter la course du soleil au zénith afin de capter l'énergie dont il a tant besoin. Il a la prévoyance et le chérissement de Noé vis-à-vis des animaux en survie. Il veille comme Jésus sur ses agneaux ...

Merci au poète qui, par une nuit d'écriture fulgurante, nous incite à retrouver ce lien vital. Il est du même élan que son hommage rendu en langue bretonne et avec sa foi catholique au Dieu créateur : une somptueuse Messe solennelle composée pour la cathédrale métropolitaine de Bretagne Saint-Samson à Dol, avec 12 choristes, 12 instrumentistes et 12 morceaux, composée de 1999 à 2002, à écouter sur son site 


Je suis du crachin d'équinoxe suant le vieux granit de la cathédrale multi-séculaire arraché des côtes rocheuses déjà meurtries des flots et vents depuis des millénaires. Cathédrale sans flèche, cathédrale femelle qui sous sa voûte froide vibre des chants d'enfants extatiques à Noël, comme une immense vulve les accouchant toujours depuis la nuit des temps.

Je suis du soleil roux s'écorchant aux ajoncs, pubis foisonnant et dansant au plus chaud du solstice autour du haut menhir, lui aussi de granit, mais d'un granit rose, comme la chair dressée, toisant la cathédrale ! Il se tient hors l'enceinte où naissent et vivent et meurent les chrétiens blottis autour du siège de leur mère, y retournant chercher un fond d'humanité ou pour s'y abriter de leur folie commune.

Je suis de ce cerf blanc cherchant en vain au cœur et ventre des forêts, la biche, dont le corps gît dans un sous-bois opaque, à demi-dévoré déjà par la meute aux babines blanchies de la rage des vainqueurs sacrilèges et rougies du sang pur qui fécondait d'amour la marche des saisons.


Je suis du crabe à fond de rocher, guerrier en armure terré dans son château, les pinces ouvertes à l'onde, les yeux durs hors de tête, happant le peu d'air et d'eau restant propre à satisfaire sa chair tendre et savoureuse.

Je suis du goéland planant immensément sur des non moins marées tumultueuses aux remous vert émeraude léchés d'écume. Son cri perce un vent d'ouest qui soulève les vagues de frayeur et de jouir, qui le tient immobile, en suspend éternel. À son inclination, il fond et disparaît, laissant l'œil hébété d'une tâche fugace au blanc sur blanc de l'horizon.

Je suis de la lande silencieuse sous son deuil de bruyère. Terre humide de pleurs de pauvreté congénitale, abandonnée à la nuit des feux follets des âmes oubliées, en fuite, en perdition.


Je suis de cette source claire à chanter l'oubli. Celui des maux guéris, celui de la mémoire fuyant ce monde-ci pour couler plus heureuse en l'esprit des vivants qui ont su la garder fraîchement vivifiante et limpide aux secrets.

J
e suis des arbres hauts : peupliers sentinelles au bord de courts ruisseaux, châtaigniers taciturnes chargés de bogues hérissées crevant sur les chemins, chêne serein, puissant, seigneurial au passant s'inclinant pieux devant sa sombre majesté, if aux vents de Toussaint bruissant la plainte et la douleur de l'abandon des hommes nus-debout, trépassés.

Je suis des végétaux, en piétaille innombrable envahissant le peu d'espace préservé. Fougères sempiternelles, houx soupçonneux, gui fugitif, genêt touffu et ondulant, mousse couvrant de tendresse les lits des amants jeunes échappés aux regards vicieux des bien-pensants.

Je le dis en français, justement, que je suis né au bord de ce monde, à son extrémité. Je suis un extrémiste, je vivrai jusqu'au bout. Ce bout de terre est vieux. Il aura la douceur et bonté de me prendre avec délicatesse quand me sera venu le temps d'y reposer. Qu'il m'y garde longtemps. Ce pays est usé mais reste assez gaillard pour nous montrer la voie de son bras vigoureux désignant le couchant. Voyez son excroissance, ce phallus lourd de terre faisant mouiller la mer en laquelle il se tend.


Je suis né de cela, de ces pères et ces mères. J'étais un fils avant. Je suis homme à présent. C'est ce qu'il me faut dire.
  Petrus, le 11 octobre 1997

landes bretonnes à l'île d'Ouessant

Ce soir du 11 novembre 1997, alors que je reprenais l'introduction du recueil MEMO, je dus m'arrêter immédiatement au beau milieu d'une phrase pour me jeter à la rédaction de ce poème - suite lyrique pétrie de matière bretonne. Il est curieux que la pensée, suivant une voie logique, ait aussi soudainement des fulgurances d'une toute autre nature. Ce n'est pas la première fois que cela m'arrive mais c'est toujours surprenant et assez excitant. L'écriture en fut rapide et quasiment sans repentirs.

Je me sens en cela proche de l'expérience du cher Rilke pour ses non moins chères "Élégies de Duino". Je ne suis évidement pas à sa hauteur quant au résultat, mais je reste persuadé que le phénomène relève des mêmes causes. Ce qu'elles sont est une autre histoire ...
  (Petrus)

 

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