Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 19:10

manifeste_ferdinand_buisson_et_amis.JPG

 

MANIFESTE DU CHRISTIANISME LIBERAL, 1869 à Neuchâtel (Suisse), IMPRIMERIE G. GUILLAUME FILS. Ce document a été numérisé par Google (lien) et reproduit ici.


La question religieuse se pose actuellement avec éclat devant le pays. Il n'est plus possible, et d'ailleurs il ne serait pas digne d'un peuple républicain, de l'ajourner par indifférence ou de l'éluder par timidité. Deux grands mouvements distincts se sont produits spontanément dans l'opinion publique.


D'une part le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat rallie tous les jours des partisans nouveaux et paraît décidément soutenu, sinon par la totalité des citoyens, du moins par une minorité très considérable et qui grossit continuellement.


D'autre part, de récents débats religieux ont inauguré au sein de nos populations un mouvement réformiste tout semblable à celui de la Suisse allemande. L'intérêt profondément sérieux et les vives sympathies qui ont accueilli les « Conférences du christianisme libéral », non seulement à la Chaux-de-Fonds, à Neuchâtel et au Locle, mais jusque dans les villages, dont plusieurs avides de s'éclairer par eux-mêmes, ont offert ou offrent leurs temples pour des conférences analogues à celles des grands centres, enfin le retentissement qu'ont eu dans les cantons voisins, les discussions religieuses, auxquelles nous venons d'assister, tout concourt à prouver que le canton de Neuchâtel et avec lui peut-être la Suisse romande en général, bien loin de vouloir s'isoler dans l'immobilisme ecclésiastique, se prépare à avoir aussi son Reform-Verein [ndlr – le nom du mouvement libéral en Suisse allemande] et veut encourager à son tour la grande révolution religieuse qui triomphe en ce moment même sur tant de points à la fois dans la Suisse allemande.


Dans ces graves circonstances, une société provisoire s'est formée sous le nom d'Union du christianisme libéral, sans distinction de nationalité, de culte ou d'opinion politique. Cette société croit de son devoir de livrer immédiatement au public un exposé populaire de ses principes. Ne pouvant faire connaître en quelques mots le détail des réformes qu'elle cherchera graduellement à réaliser, - soit au sein même de l'Eglise nationale, soit en dehors de toute Eglise officielle - elle veut du moins déclarer ses tendances générales et indiquer l'esprit dans lequel elle se met à l'œuvre.


En principe, au nom de la liberté absolue des consciences et de l'égalité des diverses communautés religieuses devant la loi, nous proclamons comme le seul état de choses conforme à la démocratie la séparation entière de l'Eglise et de l'Etat. En fait et pour le canton de Neuchâtel en particulier, nous souhaitons que ce principe reçoive la sanction légale et une application définitive, aussi promptement que les circonstances le permettront.


Mais, en demandant énergiquement la séparation, nous n'ignorons pas quels devoirs nouveaux elle entraîne pour nous tous. Ce n'est pas pour amener une recrudescence d'esprit piétiste que nous la désirons, c'est au contraire en vue de faciliter l'émancipation des consciences et le développement du libéralisme religieux. C'est pourquoi nous ne croyons pas qu'il suffise de revendiquer purement et simplement la séparation des Eglises et de l'Etat. Nous considérons comme solidaires le devoir de proclamer ce grand principe de la séparation, et le devoir plus grave encore de nous préparer aux conséquences qui en résulteront immédiatement. En contribuant à hâter le moment de la séparation, nous nous sentons par là même obligés de prendre en même temps toutes les mesures nécessaires pour organiser un centre de ralliement et de résistance, où viennent se grouper tous ceux qui comme nous, tout en voulant la séparation, ne voudraient point qu'elle tournât au profit exclusif des Eglises autoritaires.


C'est par la diffusion du christianisme libéral et par l'institution d'une Eglise libérale, que nous espérons voir ce problème résolu définitivement dans un avenir plus ou moins éloigné. Aujourd'hui, nous ne pouvons encore qu'indiquer ce but idéal comme le terme dernier, peut-être encore lointain, de nos efforts, et nous ne le posons que pour montrer sans nulle équivoque la direction dans laquelle nous marchons : c'est dans ce sens et non avec l'espoir chimérique d'une réalisation immédiate que nous allons décrire à grands traits le christianisme et l'Eglise tels que nous les concevons.
 

à suivre ...

Repost 0
Published by Ferdinand Buisson et ses amis - dans le manifeste de 1869 pour une Eglise libérale
commenter cet article
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 19:06

suite des pages précédentes.


Sous le nom de christianisme libéral, nous entendons une religion ayant pour but unique le perfectionnement spirituel de l'Homme et de l'Humanité. Sous le nom d'Eglise libérale, nous entendons une association volontaire d'hommes qui s'appliquent ensemble à la poursuite d'un idéal moral supérieur à la stricte justice. Cet idéal, - qui suppose la soumission constante et sans réserve à une autorité unique, celle de la conscience, - peut se définir: dévouement absolu au bien absolu. Le culte du bien, qui est l'essence de cette religion, s'exprime principalement par l'amour de Dieu et l'amour des hommes.


L'amour de Dieu est la subordination volontaire de nos actes, de nos pensées et de nos intentions à cette puissance supérieure que tous les hommes sentent plus : ou moins confusément sous le nom de Dieu, et qui apparaît aux uns comme cause première, aux autres comme substance absolue, à ceux-ci comme loi immuable, à ceux-là comme volonté libre. De quelque façon que chacun définisse en théorie la notion de Dieu, dans la pratique tous reconnaissent que l'amour de Dieu consiste à mettre toujours au-dessus de nos intérêts et de nos personnes l'obéissance à l'ordre universel. Aussi, quelque système qu'on adopte sur la nature de Dieu et au milieu même des plus graves erreurs théoriques, celui-là aime Dieu de tout son cœur, qui est profondément pénétré de l'idée et du sentiment du devoir. La loi du devoir, gravée dans la conscience morale, est de toutes les révélations de Dieu la seule qui soit commune à tous les hommes, universellement reconnue, sinon suivie, claire et certaine pour tous et pour tous obligatoire: c'est aussi la seule forme de la foi en Dieu qui puisse servir de lien à des hommes d'opinion diverse, sans leur rien faire abdiquer de leur liberté et de leur dignité individuelles.


L'amour des hommes est la subordination volontaire de nos propres intérêts à ceux de l'humanité. Aimer son prochain comme soi-même, c'est s'imposer non seulement la répression de l'égoïsme, mais le dévouement, l'abnégation et le sacrifice pour travailler au bien de nos semblables.


Quelque opinion qu'ils professent sur l'origine, la nature et la destinée de l'espèce humaine, tous les hommes désireux de concourir au progrès individuel et collectif de la société peuvent entrer, s'ils le veulent, dans une association tendant à établir le règne de la fraternité et de la solidarité humaines. Il suffit, pour cela, qu'ils combattent résolument tout ce qui réduirait leur activité, soit à la satisfaction de leurs besoins terrestres, soit à la recherche égoïste de leur salut personnel dans un autre monde.
 

à suivre ...

Repost 0
Published by Ferdinand Buisson et ses amis - dans le manifeste de 1869 pour une Eglise libérale
commenter cet article
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 18:44

suite des pages précédentes


Réaliser progressivement cet idéal d'une vie consacrée pour tous et pour chacun à la pratique de la vertu et par là même à la culture harmonique de toutes nos facultés intellectuelles, esthétiques et morales: c'est là tout le programme de l'Eglise libérale.


Accepter personnellement ce programme, en prenant l'engagement de nous y conformer dans la mesure de nos forces : c'est la seule profession de foi exigée comme condition d'entrée dans cette Eglise toute laïque et toute morale. Le christianisme libéral n'admet aucun credo collectif, il n'impose à l'Eglise, prise dans son ensemble, aucun dogme, aucun catéchisme comme règle obligatoire de foi commune.


Ce n'est pas qu'il érige en principe le scepticisme ou qu'il considère toutes les doctrines comme également bonnes et vraies. Mais il ne fait pas dépendre nécessairement la. vie morale d'un système quelconque ; il fonde l'association religieuse sur une base exclusivement pratique, sans songer à en faire à aucun degré une société doctrinale. Il appelle à s'y rassembler, pour apprendre à vivre toujours plus noblement, tous les hommes de bonne volonté.

 

Que leurs différentes croyances théoriques soient plus ou moins en harmonie logique avec leurs déterminations morales, ce n'est certes pas chose indifférente, mais c'est ce que l'Eglise n'a pas à réglementer : l'Eglise n'est pas chargée de faire la police des intelligences. Elle se borne à rappeler à chacun le devoir du travail, de l'effort et de la réflexion personnelle, et autant que possible met à la portée de tous des moyens d'instruction et de développement. Proscrivant d'une manière absolue comme un principe immoral la foi aveugle, la foi d'autorité ; reconnaissant dans la diversité infinie des opinions une des conditions de la vie intellectuelle, elle repousse tout ce qui tendrait à imposer une passive et dégradante uniformité d'opinions. Elle ne diminue en rien par là l'énergie et la profondeur des convictions individuelles, car ce ne sont pas les doctrines, ce sont seulement les hommes qu'elle veut concilier en les réunissant dans une sphère supérieure à toutes les diversités de la théorie : elle n'atténue pas les convictions, mais elle rapproche les cœurs en vue d'une œuvre pratique de libre et affectueuse coopération morale.


L'Eglise libérale reçoit dans son sein tous ceux qui sont d'accord comme hommes à entreprendre vigoureusement le travail de leur commune amélioration spirituelle, sans s'informer si comme savants, comme philosophes, comme théologiens, ils professent le théisme, le panthéisme, le supranaturalisme, le positivisme, le matérialisme ou tout autre système. S'il se trouvait même des hommes qui prétendissent être athées et qui néanmoins prissent comme les autres le sérieux engagement de participer de toutes leurs forces à cet effort moral que supposent les mots culte du bien et amour de l'humanité, l'Eglise libérale devrait les recevoir au même rang que tous leurs frères, non comme athées, mais comme hommes.


Par la même raison, l'Eglise libérale admet indistinctement des personnes appartenant par leur origine aux diverses communions chrétiennes sans y attacher plus d'importance qu'à leurs différences de nationalité. Elle n'oublie pas sans doute qu'en fait, c'est par le protestantisme qu'a été ébauchée au XVIe siècle, et développée au XIXe la notion d'une société à la fois profondément religieuse et entièrement libérale. Aussi plus qu'aucune autre Eglise nationale ou dissidente, revendique-t-elle hautement le droit de se dire la fille aînée de la Réforme et même sa seule fille légitime, la plus protestante de toutes les Eglises protestantes, la plus réformée de toutes les Eglises réformées. Mais le vrai protestantisme, ainsi entendu, n'est plus une secte, c'est une religion qui garde tout ce qu'ont de bon toutes les religions particulières sans garder leur particularisme. Aussi cette forme moderne et définitive du protestantisme que nous nommons l'Eglise libérale, tout en se présentant aux catholiques et aux protestants, comme l'expression du christianisme pur, peut-elle en même temps se présenter aux Juifs, comme le développement de leur religion, puisque c'est dans le mosaïsme qu'ont été admirablement ébauchés les deux grands préceptes de la religion éternelle de l'Humanité.


D'une manière plus générale encore, l'Eglise libérale exclut de son sein que les intolérants, que ceux qui excluent leurs frères sous un prétexte dogmatique quel qu'il soit.
 

à suivre ...

Repost 0
Published by Ferdinand Buisson et ses amis - dans le manifeste de 1869 pour une Eglise libérale
commenter cet article
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 18:07

 suite des articles précédents


Si malgré cette largeur de libre examen, nous gardons le nom de christianisme, pour une religion qui admet l'absolue liberté des opinions, ce n'est pas seulement afin de constater le lien qui nous rattache au passé religieux de notre race et de notre pays. C'est que l'Eglise libérale s'adresse à la société tout entière et non à quelques esprits spécialement cultivés; elle s'adressera avant tout au peuple, qui n'a le choix jusqu'à présent qu'entre des Eglises autoritaires et l'absence de toute vie spirituelle commune. A des hommes et à des femmes qui n'ont eu ni le temps ni les moyens de se familiariser avec le langage de l'abstraction, il faut présenter non une théorie générale, mais un type historique et concret, une personnalité humaine qui soit à elle seule tout un programme vivant. Or nous ne connaissons aucun type plus entier, plus élevé, plus saisissant pour tous les cœurs et pour tous les esprits cultivés ou non que celui de Jésus de Nazareth, l'initiateur de la seule vraie religion: la religion de la conscience et de la liberté.


Jésus, fils d'un ouvrier, simple ouvrier lui-même, sentant dans son âme ce Dieu que d'autres cherchaient dans des miracles extérieurs, se proclamant dans le langage de son pays fils de Dieu, au nom de sa conscience et appelant tous les hommes à devenir fils de Dieu comme lui, par l'amour et par la sainteté ;

Jésus s'assignant pour mission de sauver les hommes du vice et du péché, faisant luire pour cela devant eux par sa parole et par sa vie le plus bel idéal de moralité humaine qu'on pût concevoir, entraînant ainsi vers la sainteté et par la seule force de la sainteté, non pas une élite, mais la masse et le rebut même de l'Humanité ;

Jésus croyant assez à la puissance du bien sur l'âme humaine pour sentir que son exemple serait décisif et que l'avenir lui appartenait, prêchant avec assurance en termes clairs, populaires et touchants, non seulement la vertu, mais la recherche ardente de la perfection morale, demandant, commandant la réforme sévère, non seulement des actes et de la conduite, mais des plus secrètes dispositions du cœur ;

Jésus opposant au formalisme étroit de l'orthodoxie de son temps le culte du pur amour en esprit et en réalité ;

Jésus vivant avec cette foi constante en sa mission et prêt à mourir pour la féconder de son sang,

Jésus mourant enfin avec la certitude qu'il léguait à ses disciples par sa vie, par sa doctrine et par sa mort une force qui vaincrait le monde, celle de la foi, celle du dévouement ;

Jésus souffrant le martyre comme il avait fait le bien, non pas en Dieu mais en homme, sans affecter une impassibilité orgueilleuse, sans cacher ses angoisses et ses défaillances, mais puisant dans sa conscience pleine de Dieu, le calme héroïsme de la charité sans bornes ;

Jésus sur la croix expirant sans une pensée de haine, sans une parole de reproche et en priant pour, ses bourreaux,

 

— ce Jésus de l'Evangile en dit plus aux âmes à qui nous le présentons comme notre programme, que les formulaires les plus minutieux : il offre réunis en une seule figure éternellement admirable, sinon tous les traits, du moins les traits essentiels de l'idéal moral dispersés ailleurs et nulle part aussi profonds ni aussi purs.

 

Aussi croyons nous fermement qu'il n'y a pas un seul homme de bien, — quelle qu'ait été son éducation intellectuelle, sociale ou religieuse, — qui ne soit prêt à répondre par un hommage non d'adoration, mais de libre et respectueux assentiment à cet homme qui crie à tous les hommes : Soyez parfaits ! Juif, catholique, protestant, rationaliste, libre penseur, athée même, tout homme sent sa conscience remuée en face d'un pareil exemple; et c'est celle commotion morale, c'est ce trouble divin, cette toute puissante impulsion communiquée à l'âme qui est la seule chose essentielle dans la religion.

 

Tous aussi, par là même, comprendront sans peine ce que veut dire et ce qu'exige une Eglise qui se borne à demander : « Voulez-vous prendre Jésus pour modèle, vous inspirer du même esprit qui l'inspira ? Croyez-vous en lui, c’est-à-dire sentez-vous, quand il vous les montre personnifiées en lui-même, ces réalités invisibles et divines : la justice et la vérité, le devoir et le droit, l'amour et la sainteté ? En face de ce maître spirituel, sentez-vous l'horreur de vos fautes, le repentir, la honte, le dégoût du mal, et l'ardent besoin de devenir meilleurs ?

à suivre ...

Repost 0
Published by Ferdinand Buisson et ses amiscophone - dans le manifeste de 1869 pour une Eglise libérale
commenter cet article
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 17:52

suite des articles précédents


Prendre pour but d'activité l'imitation effective de l'idéal évangélique, et par là même l'imitation de tous les hommes d'élite qui avant et après Jésus ont vécu à des degrés divers de la même vie, c'est assez montrer que le christianisme libéral ne prétend pas être un christianisme facile. La réforme à laquelle il travaille n'est pas un relâchement dans l'austérité de la conduite et dans le dévouement au bien ; c'est au contraire un effort pour concentrer sur la vie pratique et sur ses graves devoirs toute l'attention et toutes les forces qui se perdent aujourd'hui dans d'inutiles discussions théologiques ou dans les vaines pratiques du bigotisme catholique, juif ou protestant.


« En nous déclarant chrétiens libéraux, nous acceptons la discipline et la tradition morale du christianisme, non pas comme absolue ni infaillible, mais parce que dans son fond elle nous paraît être l'écho fidèle de la conscience, la voix de Dieu dans l'âme. Nous tenons pour un droit et un devoir, d'abord d'affranchir notre piété et notre activité morale de la croyance et aussi énervante que trompeuse, à une intervention surnaturelle de Dieu, rare ou permanente, ancienne ou contemporaine; ensuite de séculariser la religion en l’appelant à sanctifier non pas une vie humaine restreinte et mutilée par l'ascétisme, mais la vie humaine dans toutes ses applications normales, famille, cité, science, art, industrie. Nous prenons donc racine dans la tradition humaine toute entière sans nous enchaîner à la lettre d'un passé spécial, juif, catholique ou protestant. Nous ne voulons être ni une synagogue, ni une secte, fût-ce même la plus respectable de toutes, mais l'Eglise universelle, la cité hospitalière de tous ceux qui librement veulent croire et vivre en Dieu, aimer et servir leurs frères, concevoir et réaliser l'idéal humain ! » (Paroles de M. Félix Pétaux, à la fin de sa quatrième conférence à Neuchâtel).


Nous n'adoptons donc le christianisme libéral qu'en nous réservant très expressément d'en développer et d'en perfectionner de jour en jour suivant le progrès de nos lumières, le principe et les applications. Le titre que nous prenons exprime seulement le fait que les vieilles Eglises ne nous suffisent plus et que pourtant nous ne voulons pas vivre dans l'isolement d'une négation stérile, ni renoncer aux bienfaits de la tradition religieuse librement interprétée, ni surtout nous priver de toutes les forces vives qu'engendre le libre et sympathique échange des idées et des sentiments. Nous sentons le devoir de remplir en ce domaine I comme en tous les autres, la condition normale de la vie humaine, la loi de l'association.

Nous voulons donc :


Une Eglise, mais sans sacerdoce,
Une religion, mais sans catéchisme,
Un culte, mais sans mystères,
Une morale, mais sans théologie,
Un Dieu, mais sans système.


Nous voulons enfin et nous croyons trouver dans le christianisme libéral :
Une religion de liberté

qui défende à l'homme de fléchir devant une autorité prétendue infaillible, pape, Bible ou synode;
Une religion de conscience,

qui ne fasse croire à personne, que son salut dépend de telle ou telle opinion ;
Une religion de raison,

qui n'étouffe jamais l'essor hardi de la pensée, mais encourage la science et prêche le progrès ;
Une religion d'action,

qui habitue à considérer comme hommes religieux, non pas ceux qui ont le plus de foi dogmatique, de formules pieuses ou de sentimentalité mystique, mais ceux qui en réalité font le plus d'efforts pour être bons, ceux qui ont la vie morale la plus riche et la plus élevée ;
Une religion d'égalité,

qui donne à tous non seulement les mêmes droits et les mêmes devoirs, mais les mêmes moyens de les remplir en fondant la société religieuse sur une base indépendante de toute théologie et de toute philosophie, en ôtant par là même toute raison d'être à la tutelle dogmatique d'un clergé quelconque ;
Enfin et surtout, une religion d'amour

qui rapproche autant que les autres désunissent, qui subordonne tout à la morale et qui ne la subordonne à rien, qui apprenne aux hommes non plus à se damner réciproquement pour des dogmes inintelligibles, mais à s'entraider et à s'entr'aimer pour le bien commun de l'Humanité.

à suivre

Repost 0
Published by Ferdinand Buisson et ses amis. - dans le manifeste de 1869 pour une Eglise libérale
commenter cet article
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 17:45

suite des articles précédents et fin


Tels sont les principes, sauf à les développer, à les préciser, et à les modifier s’il y a lieu sur tous les points secondaires. C’est au nom de ces principes que nous prenons en résumé les trois résolutions suivantes :


I – Nous demandons que dans le plus bref délai possible toutes les Eglises soient séparées de l’Etat.
II – Nous demandons qu’à côté des Eglises orthodoxes [ndlr : protestantes voulant maintenir l’orthodoxie, calviniste en l’occurrence], se prépare activement la constitution d’une Eglise libérale gardant la substance morale du christianisme, sans dogmes obligatoires, sans miracles, sans livre infaillible et sans autorité sacerdotale.
III – Provisoirement et pour travailler avec toute la maturité nécessaire à l’organisation ultérieure de l’Eglise libérale, nous invitons tous ceux qui adoptent les idées fondamentales de ce manifeste, à se constituer en société, sous le nom d’Union du christianisme libéral, pour aviser aux moyens de propager leurs principes et de les réaliser, soit avant, soit après la séparation.


Nous livrons ce qui précède à la méditation sérieuse de tous. Il ne serait peut-être pas convenable de provoquer des adhésions immédiates. Nous aimons mieux attendre pour les recueillir le moment où chacun aura pu en délibérer avec sa conscience et prendre froidement une décision définitive.


Signé : Le Comité d’initiative, Neuchâtel, le 3 février 1869


Sur le contexte historique de ce manifeste, voir notre article en plusieurs pages « Le protestantisme libérale en Europe (2) – en Suisse avec Ferdinand Buisson » dans la rubrique « sur le protestantisme libéral » de notre site documentaire La Besace des unitariens (lien).

 

Ajout du 11 mai 2012 - Le Manifeste vient d'être également reproduit par Nicolas Friedli, ce 10 mai, sur un site suise de Théologie (lien)

Repost 0
Published by Ferdinand Buisson et ses amis - dans le manifeste de 1869 pour une Eglise libérale
commenter cet article

Présentation

  • : Eglise unitarienne francophone
  • Eglise unitarienne francophone
  • : Le courant unitarien est né au XVI° siècle et a été la "benjamine" des Réformes protestantes. Il se caractérise par une approche libérale, non dogmatique, du christianisme en particulier et des religions en général. Les unitariens sont près d'un million dans le monde entier. En pays francophones (en Europe occidentale : la France et ses oays d'Outre-Mer, la Wallonie, la communauté francophone de Bruxelles, la Suisse romane, Monaco et Andorre ; au Canada : le Québec ; et en Afrique noire), il s'e
  • Contact

Recherche