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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 23:34

Y a-t-il un regard pour regarder les étoiles de mica scintillantes que la neige fine dépose avec légèreté ? Y a-il un regard pour regarder la trace de l'oiseau dans la neige nouvelle encore non foulée ? Y a-t-il un cœur pour se réchauffer à la flamme d'un reflet coloré inscrit dans la toile d'une araignée sous la lumière horizontale d'une soirée d'été ? Une oreille tendue vers l'appel nocturne de la chouette en chasse ? Une émotion pour s'émerveiller de la si petite lumière d’une luciole éclairant l'herbe proche ?

Pour écouter le silence de la neige douce se répandant ? Pour être bouleversé jusqu'aux tréfonds de l'âme par le regard incandescent d'un vieil homme noir en costume traditionnel regardant jusqu'aux tréfonds la jeune femme ? Pour s'attendrir sur la famille de souris escaladant une corniche ? Une présence pour observer au fond de ses yeux la nappe des couleurs se déployant, venues d'où pour où aller, galaxies traversant à vive allure le ciel bleu profond de ses espaces intérieurs ? Et les antiques lettres dorées tracées là, comment ? Y a-t-il là quelqu'un pour recueillir les parfums moites et capiteux d'une terre chaude après l'orage ? Une simple présence.

marie-luce job y a t-il un regardEtes vous là, pour ne rien perdre du précieux ? Sommes-nous là pour recueillir les rêves qui nous appellent du fond de nos sommeils ? Y a-t-il là quelqu'un pour marcher avec la vie ? Pour écouter son murmure profond ? Pour danser avec ses danses et pleurer avec ses affres ? Pour se lamenter avec elle ? Pour rire avec elle ? Pour sourire de tendresse avec elle ? Pour contempler son mystère et ses beautés ? Pour parler lorsqu'elle parle et se taire lorsqu'elle se tait ? Pour s'en étonner. Pour s’éblouir. Pour s'en désespérer. Pour en pleurer de détresse. De douleur et de malheur. D'injustice et de fureur. De noire colère. Lorsqu'elle se fait douleur, malheur, injustice, fureur, colère ... Et tendresse, soleils couchants diaprés, couleurs, noir profond et rutilant, et extases, lorsqu'elle se fait merveilleuse merveille. Etre secoué lorsqu'elle se fait impétueuse tempête, jusqu'aux tréfonds des larmes et de l’impuissance. Lorsqu'elle se fait fleuve d'airain jusqu'en vos moindres interstices. Lorsqu'elle se fait pure merveille sans fin. Puissance sans égale. Absolue Beauté sans partage. Là, pour tout cela, lui êtes-vous présent ? Quelqu'un pour écouter, apprendre d'elle l'enseignement enseigné, celui au secret du cœur, enseigné en silence . Quelqu'un pour saisir dans le défilement de l'âge celui des âges, quelqu'un pour saisir Beauté en filigrane des choses, et vivre avec elle sa propre vie et de sa propre vie. Bref, pour être présent. A la fleur du bord des chemins.

Marie-Luce Job, le 20 février 2010
Cet hymne à la Vie a été mis en ligne sur Facebook, sur la page personnelle de l’auteur le 18 septembre 2012. Marie-Luce est pharmacienne en Belgique et a de nombreux "amis" sur cette page.

Toujours sur sa page, cette définition de la poésie par Roberto Juarroz :


« La poésie est beaucoup plus qu’un genre littéraire ou qu’une formule ludique : c’est la parole de l’homme convertie en création et menée à son extrémité, là où le mot de Nietzsche acquiert une force à donner le frisson : DIS TA PAROLE ET BRISE-TOI. Oui, je crois que la poésie, finalement, consiste en cela : créer et se briser. Est-il une autre manière de résoudre l’énigme d’être et de ne pas être ?
La poésie sera toujours proche de l’amour. C’est un thème illimité et qui renaît à jamais comme s’il était inaugural. Sans doute ressemble-t-il en cela à l’amour même : tout amour est le premier.
Art de l’impossible, la poésie est une recherche constante de l’autre côté des choses, du caché, de l’envers, du non-apparent, de ce qui semblait ne pas être. Ainsi en va-t-il de l’espace de la poésie et de l’espace de la réalité que je vais tenter de mettre en relation : ils ne tiennent pas l’un dans l’autre. Pas plus qu’ils ne tiennent dans l’espace tellement relatif de ces mots. Pourtant la poésie est une tentative risquée et visionnaire d’accéder à un espace qui a toujours préoccupé et angoissé l’homme : l’espace de l’impossible, qui parfois semble aussi l’espace de l’indicible »

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commentaires

Gérard MANTION 19/09/2012 00:13

Vous avez écrit lun poème d'une déchirante beauté

Jean-Claude Barbier 19/09/2012 15:26



C'est un poème inédit qui mérite d'être connu. J'ai transmis ton appréciation à l'auteur qui est d'une grande modestie. J'ai pensé à toi en le publiant car je savais qu'il te plairait et je sais
qu'il va plaire aussi à beaucoup d'autres.



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  • : Eglise unitarienne francophone
  • Eglise unitarienne francophone
  • : Le courant unitarien est né au XVI° siècle et a été la "benjamine" des Réformes protestantes. Il se caractérise par une approche libérale, non dogmatique, du christianisme en particulier et des religions en général. Les unitariens sont près d'un million dans le monde entier. En pays francophones (en Europe occidentale : la France et ses oays d'Outre-Mer, la Wallonie, la communauté francophone de Bruxelles, la Suisse romane, Monaco et Andorre ; au Canada : le Québec ; et en Afrique noire), il s'e
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