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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 16:09

Pour beaucoup, la religion correspond à un appel à avoir la foi, à croire en un dieu (une divinité parmi d'autres) ou en Dieu (un Dieu unique, pour monothéistes, avec une majuscule !). Certes, mais cet aspect cultuel – l’organisation de la relation entre humains et une ou des divinités – bien que pouvant être estimée comme centrale, n’est pas la seule.

La religion nous protègeait. Ce sont les dieux titulaires qui protègent un peuple (Israël protégée, aujourd’hui encore dans les croyances juives, par IHVH), une cité, un royaume (Les rois catholiques en Espagne, la France « fille aînée » de l’Eglise, etc. ) ; mais aussi d’autres entités surnaturelles que sont les ancêtres (qui après leur mort protègent leurs descendants … à la condition que ceux-ci ne les oublient pas !), ou des génies protégeant des enclos familiaux, des marchés, des villages, ou bien encore des hommes et des femmes sanctifiées (la madone, les saints et les saintes, les fondateurs de religion), etc.
Protéger contre qui et quoi ? les catastrophes naturelles (attribuées à la colère de ces mêmes dieux !), des ennemies, les oppressions de toute sorte, mais aussi les situations dangereuses liées aux mauvaises rencontres, au hasard, etc.
La religion garantissait nos lois et notre morale. Le législateur s’efface devant une plus grande autorité, mettant au compte de celle-ci l’ordre établi. Les « Dix commandements » que IHVH remet à Moïse, les traditions coutumières garanties par les ancêtres, etc.

astronaute-vue-sur-colette--plateforme-d-Over-blog.jpgLa religion nous expliquait le Monde. Elle a réponse à tout ; exprime par ses mythes les grands mystères de la nature : le jour et la nuit, l’origine du monde, la naissance du premier homme, la différence sexuelle entre féminin et masculin, le statut des animaux, etc. En plus, elle donne sens aux malheurs, maladies et épidémies, aux accidents et aux morts non « naturelles », etc. Elle génère une culture explicative illustrant tous ces savoirs.

Avec le développement d’une philosophie hors théologie, celui des sciences hors tutelle cléricale, la désacralisation de la Nature, la sécularisation de nos sociétés modernes, que reste-t-il des religions ? Plus grand chose !
Une nostalgie d’éternité ? Ce fut le grand débat métaphysique de l’Antiquité, depuis l’épopée babylonienne de Gilgamesh (dont le Déluge s’inspira) : aux dieux l’éternité et la connaissance suprême, aux hommes le travail pour survivre, la mort comme fin, la multiplicité des langues comme division, l’ignorance face aux mystères, etc. Alors que cette éternité était promise aux pharaons et autres grands d’Egypte, le christianisme, puis l’islam, en ouvrirent l’accès à leurs adeptes d’où le développement d’une sotériologie déterminant les conditions d’accès au « paradis » : par le baptême chrétien, la confession de foi, l’obéissance aux prescriptions des clercs, l’enterrement selon un rituel conforme, etc. D’où les grands débats religieux sur le renoncement des biens matériels, la validité des sacrements, le mérite lié aux œuvres, la Grâce de Dieu, etc.
Mais de nos jours, de plus en plus de croyants disent l’être sans attendre pour autant cette récompense paradisiaque. Ils se disent désintéressés dans leurs œuvres, dans l’éthique de leur vie. Mieux, ils considèrent que Dieu donne sa grâce à tout le monde et sans condition. Au XIXème siècle, les chrétiens universalistes pensaient que l’acte rédempteur du Christ avait été fait une fois pour toute et au bénéfice de tous.
Pire, des croyants rejoignent les athées en constatant que le corps se décompose à partir de la mort, perd de son unité, et acceptent cette fin. Pour eux, l’existence d’une âme immatérielle, libérée du corps à ce moment, relève de la métaphysique grecque ou antique et n’a plus de sens à notre époque. Il reste bien entendu le souvenir que le défunt laisse à ses proches et à ceux qui l’ont connu, ses œuvres, ses biens aussi, etc. ; on fera mémoire de lui.

Toutefois cette perte du « Ciel » - démagogiquement promise à leurs fidèles par certaines religions – ne doit pas être confondue avec l’absence d’un sentiment de révérence vis-à-vis d’un univers qui conserve le mystère de ses origines. Que les hommes meurent, comme tous les autres êtres vivants sur terre, c’est là une évidence et une acceptation des lois de la Nature. Nous entrons désormais dans le cycle normal de la Vie, dans toute une évolution dont nous pouvons désormais remonter les étapes. Elle nous conduit jusqu’au big-bang, cette formidable explosion d’énergie primordiale qui marque la naissance de l’Univers. Dieu au-delà ? Les croyants répondront oui, sans doute, peut-être. Les athées ne diront rien, ou parleront de mystère. Somme toute, bien peu de différence face à ce qui est une ignorance pour tous. Pour les uns, une dimension spirituelle vécue d’une façon plus ou moins diffuse, pour les autres le constat d’un mystère. En tout cas, pas de quoi se lancer dans des discours théologiques avec des vérités absolues !

En proposant lors de ses cultes (lien) un échange d’expériences vécues et d’émotions ressenties, une attention aux autres et une compassion vis-à-vis des souffrants et des endeuillés, des actions de grâce pour nos joies et les moments importants de nos vies, des louanges à la Vie, à un Dieu créateur de l’univers, l’Eglise unitarienne francophone (EUfr) veut tenir compte de cette nouvelle façon de percevoir le monde, assurément désacralisé mais où le mystère de la Vie demeure, décléricalisé avec l’abandon des théologies devenues désuètes mais en contrepoids l’ouverture aux grandes sagesses de l’Humanité, sécularisé avec démocratie et laïcité au grand bonheur des minorités religieuses naguère opprimées ; un monde moderne où les personnes se retrouvent fortement individualisées, mieux informées, avec, à leur choix, plus de liberté de penser et d’expression, de conscience, et de responsabilité.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans croyants-non croyants
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Baert Christian 03/09/2013 17:39

DU 3 au 14 août 1993, la cité espagnole de Saint-Jacques-de-Compostelle a accueilli un groupe inhabituel de pèlerins: la Conférence mondiale sur la foi et les rites.

Ce rassemblement, tenu sous l’égide du Conseil mondial des Églises, s’était fixé l’objectif ô combien! ambitieux de relancer les tentatives d’unification des Églises de la chrétienté.

À propos de la situation existante, Desmond Tutu, archevêque anglican d’Afrique du Sud, n’a pas hésité à parler d’“inertie œcuménique”. “Nous nous trempons l’orteil, mais nous n’avons pas le
courage de nous jeter à l’eau”, a-t-il déploré.

Un saut que les Églises auront bien du mal à faire. Les divisions sont apparues dès la cérémonie d’ouverture, en la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle. Bien que l’archevêque catholique
Rouco ait encouragé les participants à ‘s’imprégner de l’esprit des pèlerins et à chercher la réconciliation entre chrétiens’, certains ont reproché à l’“Hymne à saint Jacques”, chantée à
l’occasion de l’office, de glorifier des siècles d’agression menée par les catholiques espagnols contre les juifs, les musulmans et les protestants.

Y a-t-il une base de réconciliation entre catholiques, orthodoxes et protestants? Un groupe d’étude a fait observer que plusieurs Églises tenaient le Credo de Nicée pour “une expression centrale de
la foi apostolique”; il espérait donc que ce credo pourrait constituer “un moyen d’atteindre à l’unité de la foi”, et ce malgré “la diversité d’expressions”.

Cette “diversité d’expressions” s’est manifestée maintes fois durant la conférence. Les orthodoxes et les catholiques ont dit leur désaccord avec les anglicans sur leur récente décision d’autoriser
l’ordination des femmes. Autre pomme de discorde: la rivalité entre les Églises orthodoxe et catholique dans les pays de l’ex-bloc communiste. Pour l’archevêque Iakovos, de l’Église orthodoxe
grecque, il ne convenait pas de parler de “la ré-évangélisation de peuples qui sont chrétiens depuis des siècles” mais qui ont simplement eu la malchance de vivre pendant plusieurs dizaines
d’années sous un régime communiste athée. Un rapport a taxé le “prosélytisme” d’obstacle à l’unité, tout en reconnaissant par ailleurs le besoin d’une ‘meilleure intelligence de la nature
missionnaire de l’Église’.

Samuel Joshua, évêque de Bombay, a qualifié l’unité des Églises d’“utopie”. Ayant fait lui-même l’expérience des difficultés engendrées par la cohabitation de six religions en Inde, il a expliqué
que les “gains ne sont que superficiels”, alors que les fardeaux, eux, “deviennent insupportables”. Il s’est dit persuadé que l’unité chrétienne ne doit pas être recherchée “en termes de doctrines
et de rites”.

Mais une unité qui ne prendrait pas en compte les doctrines serait-elle une véritable unité? Comment des religions qui ne comprennent toujours pas ‘la nature missionnaire de l’Église’ peuvent-elles
vraiment suivre le Christ? Les vrais disciples du Christ doivent continuer à “être d’accord”, a écrit l’apôtre Paul (2 Corinthiens 13:11) On en est loin quand on ne peut que constater ses
désaccords.
baert.c@gmail.com

Jean-Claude Barbier 03/09/2013 17:49



Merci Christian pour ces informations. Elles portent sur un autre sujet, tout à fait intéressant, mais concernant seulement les Eglises chrétiennes, à savoir l'oecuménisme. Les divergences
restent effectivement importantes.



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  • Eglise unitarienne francophone
  • : Le courant unitarien est né au XVI° siècle et a été la "benjamine" des Réformes protestantes. Il se caractérise par une approche libérale, non dogmatique, du christianisme en particulier et des religions en général. Les unitariens sont près d'un million dans le monde entier. En pays francophones (en Europe occidentale : la France et ses oays d'Outre-Mer, la Wallonie, la communauté francophone de Bruxelles, la Suisse romane, Monaco et Andorre ; au Canada : le Québec ; et en Afrique noire), il s'e
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