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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 19:04

« Chanter dans un pays si merveilleux en hiver » (Singing in a Winter Wonderland) par Karin Holm Randall, secrétaire général de la Fraternité unitarienne-universaliste de Genève, méditation pour l’assemblée mensuelle de décembre 2013, traduit en français par Jean-Claude Barbier.

Le thème de ce mois-ci portant sur notre appréciation du moment et la façon de la communiquer aux autres, comment ne pas profiter de cette période de l’année pour nous immerger dans la musique, ainsi que nous sommes entrain de le faire ici même, ce soir, entre nous. La musique n’a-t-elle pas toujours été une importante expression de la spiritualité ? Pour les unitariens-universalistes, les chants de Noël ont toujours été une façon de puiser dans les nobles sentiments qui s’expriment en cette période de l’année afin d'en dégager les valeurs universelles : profitons donc de cet instant et transmettons le aux autres ! D’autant plus que nous avons la chance d'avoir, parmi nous, des musiciens talentueux et dévoués qui nous aident à chanter « Singing in a Winter Wonderland ». Oui ! c’est volontairement que j’ai changé le titre de cette chanson en remplaçant « Marcher » par « Chanter » [ndlr – le titre original étant « Walking in a Winter Wonderland »]. Et si nous n’avons pas de neige en ce moment à Genève, il nous suffit d’aller dans le Jura ou le Salève * tout proches pour contempler de magnifiques paysages. La Suisse est en effet mondialement réputée pour la beauté de ses paysages d’hiver.
* une montagne des Préalpes françaises appelée « le balcon de Genève ».
geneve_et_mont_saleve.jpg
Pour moi, cependant, l'appréciation du froid, de la glace et la neige, allant de pair avec ces paysages, ne vient pas naturellement car, voyez-vous, j’ai grandi en Floride et j’ai passé mon enfance au milieu des palmiers et du sable et dans les eaux chaudes du golfe du Mexique. Ce n’est qu’à l’âge adulte que j’ai pu avoir un avant-goût de ces merveilles de l’hiver. Malgré cela, pour moi, la neige a toujours été associée à Noël car notre culture a été dominée par celle des pays nordiques et du monde occidental. Je me souviens qu’avec ma petite sœur, nous étions préoccupées de savoir comment « Santa » [ndlr – saint Nicolas] pouvait nous visiter alors que nous n’avions pas de cheminée ! Qu’à cela ne tienne, nos parents nous ont confectionné une cheminée magique en carton ! Mais, lorsque nous apprîmes plus tard la réalité des choses, cette belle assurance fit place à un sentiment de trahison et à la perte de la croyance en la magie

Mais je veux maintenant entrer dans notre thème du mois et parler de la façon dont nous pouvons apprécier la magie de Noël, ou tout simplement cette période hivernale, et comment la partager aux autres. Mais comment le faire puisqu’à cette période tout le monde fête de la même façon ? Chaque année, dans ma famille, nous débattons à propos de ce qu'il faut mettre sur nos cartes de Noël. Lorsque je souhaite « Heureuses fêtes » (Happy Holidays), j’entends par là que ce sont plus que de simples souhaits de Noël. Je m’adresse alors non seulement aux chrétiens que je connais, mais à tous les membres de ma famille et à tous mes amis, proches ou lointains, et quelque soit leur point de vue religieux : juifs, musulmans, bouddhistes, hindouistes, agnostiques, athées, humanistes de toute sorte, et/ou unitariens-universalistes, bien sûr.

Mais « Happy Holidays » est-elle une option suffisamment neutre ? Ne fait-elle pas référence à des jours qui sont considérés comme saints ou du moins importants pour de nombreux croyants ? […]. Ne devrions nous pas dire plutôt « Heureuse fin d’année » (Happy Year-End), mais cela ne ferait-il pas un peu terne et financier [ndlr – le souhait de boucler le budget de fin d’année !] ? Je préfère finalement en rester à un événement joyeux, mais dans un sens plus inclusif [ndlr – que la fête de Noël].

Un prêtre épiscopalien fit la remarque suivante à un ministre unitarien-universaliste : «Je ne vous comprends pas ! Durant onze mois de l'année, Jésus-Christ est pratiquement tabou chez vous, puis en décembre, vous les unitariens, vous sortez tout : chants de Noël, offices de Noël, mitten trees, décoration de l’arbre de Noël. What gives with you people, anyway ?” (*).
(*) Historical descriptions blended and paraphrased from “Unitarian Universalists Celebrate Christmas? Why?” Rev. Andrew C. Kennedy, UU Milwaukee, Wisconsin ; “The Surprises of UU History: Christmas…” by Rev. Julie Stoneberg, Unitarian Fellowship of Peterborough, Massachussetts ; “How Unitarians Saved Christmas (and why we celebrate the Solstice)” by Rev. Nathan Detering, First Parish Unitarian Universalist Area Church in Sherborn, MA.

Ceci, me semble être une question tout à fait logique - celle que vous pouvez très bien vous vous être posée vous-même ou que des gens vous ont demandée. Après tout, quelques uns, en tant qu’unitariens-universalistes, considèrent que nous sommes chrétiens, et nous ne devons pas oublier qu’effectivement certains d'entre nous considèrent Jésus comme notre Seigneur et Sauveur. Mais il est non moins vrai que, pour la plupart d'entre nous, Jésus est seulement considéré comme un grand leader spirituel, mais non comme « fils de Dieu ». Alors comment pouvons-nous légitimement célébrer Noël - littéralement, la grande masse qui suit le Christ [ndlr – jeu de mot de l’auteur « Christmas : literally, the Christ’s mass ?”] ? De quel droit ? N'est-ce pas un peu comme se présenter à une fête d'anniversaire alors qu’on connaît à peine l'invité d'honneur et qu'on n'a pas été invités ?

Eh bien, pour répondre à ces questions, penchons-nous tout d'abord brièvement sur l'histoire de Noël. C'est en 337 après Jésus-Christ que les autorités de l'Église remodèlent l'ancienne fête païenne du solstice d'hiver en célébration de l'anniversaire de Jésus. Mais avant cela, comment la célébration de ce solstice s’était-elle développée ? Bien avant Jésus, l'obscurité et le froid, le soleil baissant d’intensité, en particulier dans les climats nordiques, faisaient que les gens étaient anxieux et craignaient pour leur survie (ce que je peux comprendre). Alors, lorsqu’ils constataient le retour du soleil avec l’allongement des jours (le 21 décembre est le jour le plus court de l’année), ils célébraient l'événement par des fêtes et des chants, et même des échanges de cadeaux. Leurs symboles de réjouissances sont d’ailleurs toujours actuels : le houx et le lierre, les couronnes de verdure, les plantes décorées dans les halls d’entrée. Egalement une tradition dont vous avez peut-être entendu parler : s’embrasser sous le gui.

Mais les unitariens ont une raison supplémentaire très particulière de célébrer cette fête ; ils ont en effet contribué à son sauvetage ! Des deux côtés de l'Atlantique, en Angleterre et dans les colonies en Amérique du Nord, les célébrations de la fin du mois de décembre donnaient lieu à des carnavals accompagnés d’ivresse et de débauche, si bien que la fête de Noël fut interdite par les puritains qui contrôlèrent le gouvernement anglais de 1647 à 1660 ; de même, les excès étaient si inquiétantes aux yeux des puritains du Massachusetts qu’ils interdirent carrément les vacances de Noël de 1659 à 1681 ! Finalement ce n’est qu’en 1832, qu’un ministre unitarien de Lexington, dans le Massachusetts, Charles Follen, nostalgique des riches traditions de sa Bavière natale, présenta le tout premier arbre de Noël en Nouvelle-Angleterre. Plusieurs chants célèbres, que nous venons d’entendre, ont d’ailleurs été composés par des unitariens au milieu du XIXème siècle.

Mais il se peut que la plus grande influence d’origine unitarienne en faveur de la fête de Noël fut celle du livre de Charles Dickens « Un conte de Noël » (A Christmas Carol), une histoire qui se passe en milieu unitarien britannique. L’auteur prit connaissance de l’unitarisme lors d’une visite qu’il effectua en Nouvelle-Angleterre où il rencontra William Ellery Channing , Ralph Waldo Emerson et d’autres unitariens importants. « A Christmas Carol », écrit peu de temps après et publié en 1843, est peut-être la plus célèbre histoire de Noël, autre que la Nativité elle-même.

Dans ce livre, Noël est l’occasion de se réconcilier avec le passé afin d’apprécier l’aujourd'hui, l'espoir, l'amusement, la générosité, et de se montrer avec des amis et des gens qu’on aime. Comme unitariens-universalistes, nous tenons encore aujourd’hui à ces valeurs. Et puis, les unitariens-universalistes sont parfaitement libres de faire le tri parmi les divers éléments de la mythologie de Noël : Jésus, Santa Claus [ndlr – saint Nicolas], les anges qui chantent, les cadeaux, la naissance virginale [ndlr - de Jésus], les lumières, le gui, les étoiles brillantes, et tout le reste - afin d’en tirer ces messages de joie et d'espérance, d'émerveillement et l'amour, la compassion et la paix, qu’ils contiennent et que nous voulons personnellement affirmer.

Aussi, je vous souhaite à tous une joyeuse et musicale fin d'année en chantant « dans un pays si merveilleux en hiver » ! Aussi, je vous invite à une courte méditation (ou prière de remerciement). Nous allons respirer 5 fois tous ensemble, en commençant par dire « Chaque respiration », puis en inhalant profondément avant d’ajouter « est une chanson », enfin en expirant non moins profondément avant de reprendre. Puis nous prendrons quelques minutes de silence avant notre brève discussion.

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commentaires

Zoziau 05/03/2014 17:18

Sans vouloir casser l'ambiance, je rappelle ici à propos de la carte affichée qu'il ne s'agit pas du "Lac de Genève" - ne dites jamais cela à Lausanne, vous vous feriez huer !

Son vrai nom est le "Lac Léman" (en latin "Lacus Lemanus"), et le canton de Genève n'en borde que l'extrême pointe. La très grande majorité du lac se partage entre le canton de Vaud (dès avant
Coppet) et... la France.

Les Genevois n'appellent pas non plus ce lac le Lac de Genève, au grand jamais.

Présentation

  • : Eglise unitarienne francophone
  • Eglise unitarienne francophone
  • : Le courant unitarien est né au XVI° siècle et a été la "benjamine" des Réformes protestantes. Il se caractérise par une approche libérale, non dogmatique, du christianisme en particulier et des religions en général. Les unitariens sont près d'un million dans le monde entier. En pays francophones (en Europe occidentale : la France et ses oays d'Outre-Mer, la Wallonie, la communauté francophone de Bruxelles, la Suisse romane, Monaco et Andorre ; au Canada : le Québec ; et en Afrique noire), il s'e
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