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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 18:07

 suite des articles précédents


Si malgré cette largeur de libre examen, nous gardons le nom de christianisme, pour une religion qui admet l'absolue liberté des opinions, ce n'est pas seulement afin de constater le lien qui nous rattache au passé religieux de notre race et de notre pays. C'est que l'Eglise libérale s'adresse à la société tout entière et non à quelques esprits spécialement cultivés; elle s'adressera avant tout au peuple, qui n'a le choix jusqu'à présent qu'entre des Eglises autoritaires et l'absence de toute vie spirituelle commune. A des hommes et à des femmes qui n'ont eu ni le temps ni les moyens de se familiariser avec le langage de l'abstraction, il faut présenter non une théorie générale, mais un type historique et concret, une personnalité humaine qui soit à elle seule tout un programme vivant. Or nous ne connaissons aucun type plus entier, plus élevé, plus saisissant pour tous les cœurs et pour tous les esprits cultivés ou non que celui de Jésus de Nazareth, l'initiateur de la seule vraie religion: la religion de la conscience et de la liberté.


Jésus, fils d'un ouvrier, simple ouvrier lui-même, sentant dans son âme ce Dieu que d'autres cherchaient dans des miracles extérieurs, se proclamant dans le langage de son pays fils de Dieu, au nom de sa conscience et appelant tous les hommes à devenir fils de Dieu comme lui, par l'amour et par la sainteté ;

Jésus s'assignant pour mission de sauver les hommes du vice et du péché, faisant luire pour cela devant eux par sa parole et par sa vie le plus bel idéal de moralité humaine qu'on pût concevoir, entraînant ainsi vers la sainteté et par la seule force de la sainteté, non pas une élite, mais la masse et le rebut même de l'Humanité ;

Jésus croyant assez à la puissance du bien sur l'âme humaine pour sentir que son exemple serait décisif et que l'avenir lui appartenait, prêchant avec assurance en termes clairs, populaires et touchants, non seulement la vertu, mais la recherche ardente de la perfection morale, demandant, commandant la réforme sévère, non seulement des actes et de la conduite, mais des plus secrètes dispositions du cœur ;

Jésus opposant au formalisme étroit de l'orthodoxie de son temps le culte du pur amour en esprit et en réalité ;

Jésus vivant avec cette foi constante en sa mission et prêt à mourir pour la féconder de son sang,

Jésus mourant enfin avec la certitude qu'il léguait à ses disciples par sa vie, par sa doctrine et par sa mort une force qui vaincrait le monde, celle de la foi, celle du dévouement ;

Jésus souffrant le martyre comme il avait fait le bien, non pas en Dieu mais en homme, sans affecter une impassibilité orgueilleuse, sans cacher ses angoisses et ses défaillances, mais puisant dans sa conscience pleine de Dieu, le calme héroïsme de la charité sans bornes ;

Jésus sur la croix expirant sans une pensée de haine, sans une parole de reproche et en priant pour, ses bourreaux,

 

— ce Jésus de l'Evangile en dit plus aux âmes à qui nous le présentons comme notre programme, que les formulaires les plus minutieux : il offre réunis en une seule figure éternellement admirable, sinon tous les traits, du moins les traits essentiels de l'idéal moral dispersés ailleurs et nulle part aussi profonds ni aussi purs.

 

Aussi croyons nous fermement qu'il n'y a pas un seul homme de bien, — quelle qu'ait été son éducation intellectuelle, sociale ou religieuse, — qui ne soit prêt à répondre par un hommage non d'adoration, mais de libre et respectueux assentiment à cet homme qui crie à tous les hommes : Soyez parfaits ! Juif, catholique, protestant, rationaliste, libre penseur, athée même, tout homme sent sa conscience remuée en face d'un pareil exemple; et c'est celle commotion morale, c'est ce trouble divin, cette toute puissante impulsion communiquée à l'âme qui est la seule chose essentielle dans la religion.

 

Tous aussi, par là même, comprendront sans peine ce que veut dire et ce qu'exige une Eglise qui se borne à demander : « Voulez-vous prendre Jésus pour modèle, vous inspirer du même esprit qui l'inspira ? Croyez-vous en lui, c’est-à-dire sentez-vous, quand il vous les montre personnifiées en lui-même, ces réalités invisibles et divines : la justice et la vérité, le devoir et le droit, l'amour et la sainteté ? En face de ce maître spirituel, sentez-vous l'horreur de vos fautes, le repentir, la honte, le dégoût du mal, et l'ardent besoin de devenir meilleurs ?

à suivre ...

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Published by Ferdinand Buisson et ses amiscophone - dans le manifeste de 1869 pour une Eglise libérale
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  • : Le courant unitarien est né au XVI° siècle et a été la "benjamine" des Réformes protestantes. Il se caractérise par une approche libérale, non dogmatique, du christianisme en particulier et des religions en général. Les unitariens sont près d'un million dans le monde entier. En pays francophones (en Europe occidentale : la France et ses oays d'Outre-Mer, la Wallonie, la communauté francophone de Bruxelles, la Suisse romane, Monaco et Andorre ; au Canada : le Québec ; et en Afrique noire), il s'e
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