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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 18:44

suite des pages précédentes


Réaliser progressivement cet idéal d'une vie consacrée pour tous et pour chacun à la pratique de la vertu et par là même à la culture harmonique de toutes nos facultés intellectuelles, esthétiques et morales: c'est là tout le programme de l'Eglise libérale.


Accepter personnellement ce programme, en prenant l'engagement de nous y conformer dans la mesure de nos forces : c'est la seule profession de foi exigée comme condition d'entrée dans cette Eglise toute laïque et toute morale. Le christianisme libéral n'admet aucun credo collectif, il n'impose à l'Eglise, prise dans son ensemble, aucun dogme, aucun catéchisme comme règle obligatoire de foi commune.


Ce n'est pas qu'il érige en principe le scepticisme ou qu'il considère toutes les doctrines comme également bonnes et vraies. Mais il ne fait pas dépendre nécessairement la. vie morale d'un système quelconque ; il fonde l'association religieuse sur une base exclusivement pratique, sans songer à en faire à aucun degré une société doctrinale. Il appelle à s'y rassembler, pour apprendre à vivre toujours plus noblement, tous les hommes de bonne volonté.

 

Que leurs différentes croyances théoriques soient plus ou moins en harmonie logique avec leurs déterminations morales, ce n'est certes pas chose indifférente, mais c'est ce que l'Eglise n'a pas à réglementer : l'Eglise n'est pas chargée de faire la police des intelligences. Elle se borne à rappeler à chacun le devoir du travail, de l'effort et de la réflexion personnelle, et autant que possible met à la portée de tous des moyens d'instruction et de développement. Proscrivant d'une manière absolue comme un principe immoral la foi aveugle, la foi d'autorité ; reconnaissant dans la diversité infinie des opinions une des conditions de la vie intellectuelle, elle repousse tout ce qui tendrait à imposer une passive et dégradante uniformité d'opinions. Elle ne diminue en rien par là l'énergie et la profondeur des convictions individuelles, car ce ne sont pas les doctrines, ce sont seulement les hommes qu'elle veut concilier en les réunissant dans une sphère supérieure à toutes les diversités de la théorie : elle n'atténue pas les convictions, mais elle rapproche les cœurs en vue d'une œuvre pratique de libre et affectueuse coopération morale.


L'Eglise libérale reçoit dans son sein tous ceux qui sont d'accord comme hommes à entreprendre vigoureusement le travail de leur commune amélioration spirituelle, sans s'informer si comme savants, comme philosophes, comme théologiens, ils professent le théisme, le panthéisme, le supranaturalisme, le positivisme, le matérialisme ou tout autre système. S'il se trouvait même des hommes qui prétendissent être athées et qui néanmoins prissent comme les autres le sérieux engagement de participer de toutes leurs forces à cet effort moral que supposent les mots culte du bien et amour de l'humanité, l'Eglise libérale devrait les recevoir au même rang que tous leurs frères, non comme athées, mais comme hommes.


Par la même raison, l'Eglise libérale admet indistinctement des personnes appartenant par leur origine aux diverses communions chrétiennes sans y attacher plus d'importance qu'à leurs différences de nationalité. Elle n'oublie pas sans doute qu'en fait, c'est par le protestantisme qu'a été ébauchée au XVIe siècle, et développée au XIXe la notion d'une société à la fois profondément religieuse et entièrement libérale. Aussi plus qu'aucune autre Eglise nationale ou dissidente, revendique-t-elle hautement le droit de se dire la fille aînée de la Réforme et même sa seule fille légitime, la plus protestante de toutes les Eglises protestantes, la plus réformée de toutes les Eglises réformées. Mais le vrai protestantisme, ainsi entendu, n'est plus une secte, c'est une religion qui garde tout ce qu'ont de bon toutes les religions particulières sans garder leur particularisme. Aussi cette forme moderne et définitive du protestantisme que nous nommons l'Eglise libérale, tout en se présentant aux catholiques et aux protestants, comme l'expression du christianisme pur, peut-elle en même temps se présenter aux Juifs, comme le développement de leur religion, puisque c'est dans le mosaïsme qu'ont été admirablement ébauchés les deux grands préceptes de la religion éternelle de l'Humanité.


D'une manière plus générale encore, l'Eglise libérale exclut de son sein que les intolérants, que ceux qui excluent leurs frères sous un prétexte dogmatique quel qu'il soit.
 

à suivre ...

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Published by Ferdinand Buisson et ses amis - dans le manifeste de 1869 pour une Eglise libérale
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  • : Le courant unitarien est né au XVI° siècle et a été la "benjamine" des Réformes protestantes. Il se caractérise par une approche libérale, non dogmatique, du christianisme en particulier et des religions en général. Les unitariens sont près d'un million dans le monde entier. En pays francophones (en Europe occidentale : la France et ses oays d'Outre-Mer, la Wallonie, la communauté francophone de Bruxelles, la Suisse romane, Monaco et Andorre ; au Canada : le Québec ; et en Afrique noire), il s'e
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