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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 13:05

leonard_cohen.jpgLeonard Cohen est un poète, compositeur et chanteur canadien ; il est l’auteur en 1985 de cette chanson chargée d’allusions bibliques mais dont le sens est loin d’être immédiat ! On a parlé à propos de cette sublime chanson à la fois de sensualité, d’érotisme, de sexe, mais aussi de mysticisme, voire même de kabbale !

Copyright © 1985 Leonard Cohen and Sony/ATV Music Publishing Canada Company

 

Nous proposons ici une traduction aussi proche du texte qu’il soit possible, tout en étant lisible par rapport à ce qui semble être un dialogue entre Dieu et le roi David à qui l’auteur s’identifie sur le thème de notre difficulté à vivre nos relations amoureuses.

 

En dénouement, une autre façon de louer Dieu en dépit de ses échecs … et tant pis si Dieu entend des notes fausses puisque l’important est de le louer ! En quelque sorte un alléluia « malgré tout », avec ce que nous sommes, loin des anges qui évoluent dans la sphère parfaite ; chanter presque en transgression de Dieu, du moins sans son autorisation expresse, en artiste rebelle !
 
Now I've heard there was a secret chord / That David played, and it pleased the Lord / But you don't really care for music, do you ? / It goes like this / The fourth, the fifth / The minor fall, the major lift / The baffled king composing Hallelujah / Hallelujah (4 fois)


Voilà, j'ai entendu dire qu'il y avait un accord de musique secret
Que David (1) le jouait et cela plaisait au Seigneur
Mais vous n’aimez pas vraiment la musique, n’est-ce pas ?
Je vais cependant vous le jouer
La quarte, la quinte
La chute en mineure, et la majeure en hausse
Et le roi tout retourné (1) composait l’Alléluia
Alléluia (4 fois)
(1) le roi David jouant de la harpe et supposé compositeur d’une partie des psaumes de la Bible. Il n’en revient pas lui même (sans doute conscient de son imperfection) d’arriver à chanter l’Alléluia.

Your faith was strong but you needed proof / You saw her bathing on the roof / Her beauty and the moonlight overthrew you / She tied you / To a kitchen chair / She broke your throne, and she cut your hair / And from your lips she drew the Hallelujah
 

Ta foi était forte mais tu avais besoin de l’éprouver !
Tu l’as vue se baigner sur le toit
Sa beauté et le clair de lune t’ont bouleversé (2).
Elle t'a attaché (3)
A une vulgaire chaise de cuisine
Elle brisa ton trône, et elle te coupa les cheveux
Et de tes lèvres, elle extirpa l'Alléluia.
(2) le roi David vit Bethsabée, la femme d’Urie le Hittite, l’un des officiers supérieurs de son armée, se baigner nue sur sa terrasse. Il en tomba amoureux et consomma l’adultère, puis s’arrangea à faire tuer Urie lors d’un combat contre les Philistins afin d’en épouser la veuve (2 Samuel, chap. 11 et 12). C’est comme s’il avait accepté la tentation (en regardant la terrasse voisine) pour prouver, en y résistant, que sa foi était bien forte ; mais il succomba !
(3) On saute à une autre histoire (qui elle aussi se termina mal) : il s’agit de Dalilah qui connaissait le secret de la force de Samson (ses cheveux longs !) et qui le livra aux Philistins (Juges, chap. 16).


Baby I have been here before / I know this room, I've walked this floor / I used to live alone before I knew you. / I've seen your flag on the marble arch / Love is not a victory march / It's a cold and it's a broken Hallelujah / Hallelujah (4 fois)


Baby(4) je suis déjà venu ici
Je connais cette pièce, j’en ai foulé le plancher.
Avant de te connaître, je vivais seul.
J'ai vu ton drapeau sur l’arche de marbre (5)
Mais l'amour n'est pas une marche triomphale ;
Car il a pris froid et s’est brisé cet Alléluia (6)
Alléluia (4 fois)
(4) « Baby » est-il l’interpellation familière d’une compagne : « Bébé », « Enfant », « Poupée », « Chérie », « Amour » ? Nous avons préféré laisser le mot en anglais. Mais on ne sait pas qui parle ici ! Est-ce l’auteur qui pense à un souvenir d’enfance en s’adressant à sa compagne ? Ou bien est-ce Dieu qui parle à David en affirmant d’abord sa préexistence au Monde, les commencements de la Création, sa jeunesse, et sa connaissance préalable de tout ce qui existe ? Ce qui serait plus cohérent avec la suite immédiate du texte.
(5) allusion à l’arche de l’Alliance que David fit monter à Jérusalem après qu’il eut conquis la capitale des Jébuséens (II Samuel, chap. 6). Cette fois-ci, c’est bien Dieu qui s’adresse à David. Cette allusion à l'arche sous entend sûrement aussi la mésaventure (amoureuse ?) de David qui danse nu devant l'arche, ce qui déplaît fortement à la belle Mikal, la fille de Saül.
(6) le péché d’adultère commis par le roi David avec Bethsabée ou encore la trahison de Dalila qui ont brisé la belle relation avec Dieu.

 

There was a time you let me know / What's really going on below / But now you never show it to me, do you ? / And remember when I moved in you / The holy dove was moving too / And every breath we drew was Hallelujah / Hallelujah (4 fois)


Il fut un temps (7) où tu me tenais au courant
De ce qui se passe vraiment ici, en bas
Mais désormais tu ne me montres plus rien, hein ?
Et souviens-toi, lorsque je bougeais en toi,
La sainte colombe n’accompagnait-elle pas ces mouvements ? (7)
Et chacun de nos souffles était un Alléluia
Alléluia (4 fois)
(7) Dieu évoque le temps heureux, avant que le péché ne vienne rompre la confiance entre Lui et l’Homme. Celle-ci allait jusqu’à une présence physique et intime en l’Homme (comme une incarnation, une relation sexuelle, la gestation d’un fœtus dans le ventre sa mère ?).


You say I took the name in vain / I don't even know the name / But if I did, well really, what's it to you ? / There's a blaze of light / In every word / It doesn't matter which you heard / The holy or the broken Hallelujah

 

Tu dis que j’ai prononcé le Nom (8) en vain
Je ne connais même pas le Nom
Mais si je l’avais fait effectivement, qu’est-ce que cela peut te faire ? (8)
Il y a une flambée de lumière
Dans chaque mot, dans chacune de mes paroles (9)
Peu importe que tu aies entendu
L’Alléluia saint ou l’Alléluia rompu (10)
Alléluia (2 fois)
(8) Il s’agit du Nom même de Dieu révélé aux initiés (des congrégations soufi, de la kabbale). David - et l’auteur s’assimile à lui - répond à Dieu d’une façon quelque peu impertinente, dans le style de Job !
(9) Ndlt - allongement volontaire du vers qui s’avère trop court dans la traduction en français.
(10) l’important est de chanter vers Dieu, même si celui-ci n’entend que de fausses notes !

 

I did my best, it wasn't much / I couldn't feel, so I tried to touch / I've told the truth, I didn't come to fool you / And even though / It all went wrong / I'll stand before the Lord of Song / With nothing on my tongue but Hallelujah / Hallelujah, (8 fois).

 

J'ai fait de mon mieux ; ce n'était pas grand chose
Je ne ressentais rien ; alors j'ai quand même essayé de toucher
J’ai dit la vérité, je ne suis pas venu pour te tromper (10)
Et même si, même si (9)
Tout a mal tourné
Je me tiendrai debout face au Seigneur du Chant
sans autre mot à la bouche que cet Alléluia
Alléluia (2 fois) / Alléluia (8 fois)
(10) la fierté de Davis (et de l’auteur) qui, en dépit de sa malheureuse aventure amoureuse (et de son imperfection de musicien), se tient toujours debout face à Dieu, en toute franchise.

 

Voir d’autres traductions en français de ce chant

Une traduction par Jean Guiloineau, et une autre très poétique (mais qui n’a jamais été utilisée) de Graeme Allwright ( lien). On trouvera sur Youtube une version en français par Melodwiz, chantée par Brigitte alias Romantica78, dans une version très romantique et bien versifiée mais où le côté religieux dramatique nous a semblé quelque peu gommé ( lien).


Nous avons repéré, parmi d’autres toute aussi excellentes, les interprétations suivantes disponibles sur Youtube
Susan Boyle (avec sa belle voix forte et sonore)  lien
Alexandra Burke (dans le style Gospel), lien
Kate Voegele (en voix lyrique),  lien
Pour l’original, chanté par Leonardo Cohen lui-même en 1985 ( lien)

Une version italienne de Renzo Cozzani est accompagnée d'illustrations bibliques appropriées (lien)


Pour mieux connaître la pensée spirituelle et philosophique de l’auteur
- une explication des allusions bibliques contenues dans la chanson sur le site Interbible du diocèse de Montréal ( lien).
- le site francophone de Leonard Cohen ( lien) et le forum qui y est inclus (voir les discussions qui ont eu lieu sur cette chanson en activant la fonction recherche avec le nom de celle-ci).
- la présentation par Alexandra Pleshoyano, conférencière, docteur en théologie spirituelle et professeur associée à la Faculté de Théologie de l'Université de Sherbrooke, de son univers intime « Leonard Cohen et la spiritualité » ( lien).

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Published by Eglise unitarienne francophone - dans la chorale
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