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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 07:59

Dans les années 50, dans le cadre de l'Action catholique, des mouvements de jeunesse se sont organisés hors paroisse, en fonction des milieux socio-professionnels : Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), Jeunesse agricole chrétienne (JAC), Jeunesse étudiante chrétienne (JEC). Ceci parallèlement aux mouvements correspondant pour adultes (Action catholique ouvrière ACO, idem pour les milieux ruraux et les milieux "indépendants"). Ces mouvements ont fonctionné avec succès et fonctionnent encore avec des aumôniers nommés par l'évêque du diocèse ; tout en jouissant d'une large autonomie et disposant d'instances nationales. Les militants sont "envoyés" pour évangéliser les milieux socio-professionnels où ils travaillent et sont donc encouragés à y prendre des engagements temporels.


Nous reprenons ici, mais d'une façon élargie à toute autre communauté religieuse, la méthodologie "Voir Juger Agir" que ces mouvements ont mis au point afin d'aider leurs militants. Je m'inspire de mon expérience personnelle, car je fus "jéciste" durant ma scolarité au lycée, dans la présentation suivante qui n'engage bien entendu que moi-même


Voir :
humour homme du moisa) J’ai vu moi-même un fait. J’étais seul(e) ou bien d’autre personnes l’ont vu également ?
Voir, c’est direct, ce n’est pas entendre des faits relatés par d’autres – fussent-ils mes ami(e)s -, encore moins des rumeurs plus ou moins vagues (il paraît que …), ni lire dans un journal des évènements relatés (plus ou moins bien) fussent-ils de grands médias (du moins attendre que ces faits soient dûment établis, après enquête). J’en suis témoin oculaire au niveau de mon vécu quotidien, dans mon entourage (là où je peux éventuellement agir concrètement).
b) Est-ce un cas isolé ? ou bien un fait courant, répétitif, généralisable ? Si oui, qu’en disent les autres ? autour de moi ? dans les médias ?
c) Je me documente sur des faits similaires qui ont pu être déjà étudiés : livres sur la question, recherches sur Internet, etc. , en privilégiant les sources les plus fiables (d’où l’importance d’une culture générale). Je fais l’inventaire des analyses et des points de vue qui en résultent : diversité qui est celle d’un éventail, mais aussi débats contradictoires entre des analyses et des prises de position opposées, etc.


Juger :
a) Je suis chrétien(ne), je me réfère à l’Evangile : qu’est-ce que Jésus aurait pensé ? Mais Jésus a vécu au Ier siècle (vers – 7 avant J.-C. – à la Pâque de l’an 30 … ou 33) et le contexte était très différent. Ai-je une connaissance suffisante des textes évangéliques et de leur contexte ? de la date où ils ont été rédigés  ? des lecteurs à qui ils s’adressaient ? de leur élaboration  ? de leurs différences théologiques ?
Je me réfère aussi aux autres textes du Nouveau testament : qu’est-ce que ses disciples (apôtres, prêcheurs comme Paul, frères / cousins comme Jacques et Jude, évangélistes et auteurs divers, etc.) auraient pensé ? Ai-je une connaissance suffisante des textes du Nouveau Testament ? Je me réfère aussi à la Bible hébraïque : ai-je une culture biblique pour comprendre ces textes ?
Après avoir bien compris ces textes afin d’éviter les contresens et les anachronismes (liés à une lecture seulement littérale), et en évitant aussi d’instrumentaliser ces textes en en tirant un argumentaire qui me serait favorable (cf. la démarche des fondamentalistes), qu’est-ce qui m’interpelle à leur lecture ? En quoi me nourrissent-ils dans ma façon de mieux voir, de mieux juger, de mieux agir ?
b) Je suis membre d’une Eglise, et je me réfère à son enseignement :
Que dit à ce sujet le magister de ma communauté religieuse (clercs, évêques, chef spirituel) ? Voir la définition du rôle des évêques au IIème siècle dans les épîtres de l’évêque Ignace d’Antioche (ministère de rassemblement et de transmission de la tradition, lien). Attention ! entre responsables religieux, il peut y avoir des différences de sensibilité, de langage, et même de conseil !
Que disent à ce sujet d’autres sources catholiques : journaux, médias, auteurs, etc.
c) Je suis citoyen(ne) d’une société. Quelles sont les valeurs humaines qui sont en jeux ?
d) Je me juge moi-même : quelles sont mes motivations, mes intentions ... ?


Agir :
a) Je veux agir pour changer la situation, apporter mon soutien à une victime, faire un geste de solidarité, de fraternité, faire entendre une voix chrétienne, porter témoignage de ma foi, etc., mais comment ?
b) Puis-je agir au nom de mon Eglise ? au nom de ma communauté ou du mouvement chrétien auquel j’appartiens ? Oui au niveau des valeurs à défendre, à rappeler. Je rédige alors un tract, un communiqué de presse, un manifeste à publier, etc.
c) Puis-je aller plus loin ? Oui, mais alors c’est un engagement personnel, en mon propre nom, dès lors que plusieurs options sont possibles pour un chrétien. Par exemple, je peux choisir de militer au sein d’un syndicat, d’un parti politique, etc., en sachant que d’autres chrétiens – tout aussi chrétiens que moi  – puissent faire d’autres options. Dans un texte d’auteur (qui n’engage donc que moi), je peux dire que je suis chrétien(ne), mais sans engager mon mouvement en citant les fonctions ou responsabilités que j’y exerce.
d) Je m’engage personnellement pour quelque chose, pour une cause, voire même contre d’autres choix qui me paraissent négatifs, dangereux. Je m’engage à fond puisque c’est mon choix, mais je le fais sans haine des autres. Je peux lutter contre des idées, polémiquer, m’affronter, mais sans jamais porter atteinte aux droits des personnes à être respectées dans leur vie privée et dans leurs propres engagements. Aimez vous les uns les autres, y compris vos ennemis a dit Jésus (et surtout vos ennemis car c’est facile d’aimer ses amis !).
e) Je suis en démocratie, c’est un droit au débat, à s’exprimer publiquement et à manifester ses opinions. Mais je reste dans la légalité de mon pays car j’en suis citoyen(ne). Puis-je entreprendre toutefois des actions illégales en tant qu’actes prophétiques ? Mais alors je risque de mettre en cause l’existence légale du mouvement auquel j’appartiens car il sera accusé avec moi par l’opinion publique, voire par la Justice s’il y a dépôt d’une plainte. Le prophétisme fait partie de la tradition chrétienne, mais c’est une voie solitaire ; il peut être reconnu, valorisé, encouragé par les Eglises, ou au contraire soumis à discipline ! Les « saintes » colères, les coups de gueule ont-ils leur place dans nos bulletins, nos publications ? quitte à les distinguer du reste dans des rubriques spéciales …
f) Je suis heureux(se) d’agir avec d’autres, selon mes convictions religieuses et les valeurs humaines qui me sont chères, pour le progrès de l’Humanité, pour un monde plus fraternel. J’aime le christianisme et mon Eglise qui m’encouragent à agir en ce sens. Je vis ma religion dans la foi et dans la joie. Je suis souriant(e) et décontracté(e) ; j’ai pleinement confiance dans ce que je fais et je vis l’espérance du devenir humain.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans Sem. (III) - modules
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commentaires

arbelbide 11/12/2012 13:36

De a à F démarche intéressante. Bravo !!!

Présentation

  • : Eglise unitarienne francophone
  • Eglise unitarienne francophone
  • : Le courant unitarien est né au XVI° siècle et a été la "benjamine" des Réformes protestantes. Il se caractérise par une approche libérale, non dogmatique, du christianisme en particulier et des religions en général. Les unitariens sont près d'un million dans le monde entier. En pays francophones (en Europe occidentale : la France et ses oays d'Outre-Mer, la Wallonie, la communauté francophone de Bruxelles, la Suisse romane, Monaco et Andorre ; au Canada : le Québec ; et en Afrique noire), il s'e
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