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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 17:16

Par son livre « Croissance infinie, la grande illusion », réédité plusieurs fois et préfacé par le professeur Albert Jacquard, Jean Aubin s’est fait connaître par son appel à une décroissance économique et démographique nécessaire à la survie de l’Humanité (lien). Il en remet une couche supplémentaire avec un second livre en 2011, en collaboration avec Serge Latouche, « La tentation de l’île de Pâques. Piller la planète jusqu’à l’effondrement ».
* tous ces livres sont publiés aux éditions Planète bleue, Le Theil, 35310 Saint-Thurial, et se trouvent sur Amazone.fr ( lien).


Alors qu’il est encore étudiant, il est interpellé par le rapport de Rome publié en 1972 « Halte à la croissance ». La même année, il découvre la communauté gandhienne de l’Arche de Lanza del Vasto qui accompagne la révolte non-violente des paysans du Larzac contre l’extension d’un camp militaire. Il se lance alors dans l’horticulture biologique, puis reprend ses études et passe une agrégation en mathématiques. Par son style direct et perspicace, plein de souvenirs, d’histoires et de bon sens, il prolonge efficacement le constat d’un Albert Jacquard dans « L’Equation du Nénuphar » (publié en mars 2000) : comment peut-on pousser à la croissance alors que notre monde est par définition limité dans ses ressources ?

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Mais ce que l’on connaît moins c’est l’itinéraire chrétien de Jean Aubin. Or, son volontariat se retrouve aussi au niveau du religieux : participation à un groupe d’aumônerie étudiante, séjour à la Communauté de Taizé, rencontre à 22 ans avec le Renouveau charismatique et cheminement avec plusieurs communautés de cette mouvance, animation liturgique, contribution à une aumônerie de lycéens, militance au sein de l’action catholique, relation avec la Fraternité franciscaine ; … mais, au milieu de la cinquantaine, il quitte sur la pointe des pieds, sans faire de vague.


Il quitte « l’Eglise » pour des raisons théologiques : le Dieu providentiel ne tient plus la route et ne correspond pas aux réalités. Certes on peut admirer le rouge bouillonnant d’un fond de cratère volcanique et louer la force créatrice de Dieu, mais lorsque ce même volcan entre en éruption et cause de nombreux morts la chanson n’est plus la même. Force aussi est de constater que nos prières n’ont aucune prise sur les évènements. Certes nos prières nous transforment en ouvrant nos cœurs, en nous décentrant de notre égoïsme, en nous rendant plus disponibles pour une action en faveur des autres, mais Dieu, lui, ne bouge pas (p. 21). Plus largement, c’est un tout un credo « bien difficile » à croire.


Pour ce fils de Bretons, il va de soi qu’il s’agit de l’Eglise catholique romaine, point à la ligne. On pourrait lui conseiller d’aller voir les Eglises libérales : la mouvance protestante libérale et les unitariens, voire même certains catholiques dits contestataires, qui, eux aussi, ont remis en cause cette providence divine ; mais il est vrai que la plupart des chrétiens ne soupçonnent pas la diversité de leur religion.
 

Face à ses amis chrétiens, Jean Aubin éprouve le besoin de s’expliquer dans un livre d’une belle franchise et sérénité : « J’ai quitté l’Eglise … que reste-t-il de ma foi ? », écrit en novembre 2012 et publié en mars 2013, en format kindle à Amazon.fr au prix de 6,99 euros, chez son éditeur Planète bleue éditions au prix de 18 euros ou encore directement auprès de l’auteur à 17.10 € (18 € - 5% ; port offert ; prix unitaire pour ce livre et les deux précédents sus mentionnés). Pour joindre l’auteur (lien).


En exergue plusieurs citations qui relativisent la croyance en Dieu : l’important n’est-il pas plutôt le questionnement sincère de l’homme quelque soit son option ?
« Je crains pas tant les choix de certains de quitter l’Eglise ou le fait d’abandonner une fonction ecclésiastique. Ce qui me chagrine, ce sont les gens qui ne réfléchissent pas, qui se laissent pousser par les circonstances. Je veux des gens qui pensent. C’est là le plus important. La question de savoir s’ils sont croyants ou incroyants vient après » (cardinal Carlo Maria Martini, « Le rêve de Jérusalem »).
« Croire, ne pas croire … Ce n’est pas là le décisif, le véritable enjeu de demain. Mais la manière de croire, oui. Mais la manière de ne pas croire, certainement. L’inquiétude spirituelle, voilà l’enjeu, la vraie parenté, et donc la frontière » (Gabriel Ringlet, « L’Evangile d’un libre penseur »).
« Devrais-je renoncer une fois pour toutes à me poser ces questions de sens. La vrai foi est-elle à ce prix ? J’ai du mal à m’y résoudre. Je me sens trop fils des Lumières, de la raison, de la modernité pour simplement répéter les formulations dont le sens m’échappe » (Jean-Claude Guillebaud, « Comment je suis redevenu chrétien »).


Pourtant, entre le rude Breton né d'une modeste famille catholique et la perspective d’une décroissance économique, le lien était très fort, intime : « … ceux qui cherchent à vivre l’Evangile y trouvent une raison supplémentaire, s’il en est besoin, de porter au cœur de l’humanité les valeurs de frugalité et de solidarité qui conditionnent sa survie » (p. 10). Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? puisque c’est la question posée par le titre du livre … Un Dieu compatissant, celui de Jésus : « Il m’arrive d’imaginer Dieu, le visage baigné de larmes face au malheur des hommes. Il pleure car il est impuissant face à cette souffrance » (p. 19). L’auteur n’exclut toutefois pas l’action possible de "l’esprit" (des êtres humains, de la Nature, de Dieu ?) sur les choses (p. 20).

 

Il lui reste aussi et surtout la vision d’un Royaume de Dieu selon les Béatitudes, où Jésus nous a fait part de son rêve, au sens où le pasteur baptiste Martin Luther King dira 19ième siècles plus tard : « Je fais le rêve » … (p. 48), vision d’une Humanité fraternelle et solidaire dont nous avons tant besoin et où les richesses seront partagées (p. 61). Il reste l’enseignement humaniste de Jésus qui, en disant à ses disciples qu’ils devaient être « le sel de la terre », « la lumière du Monde », a lancé un appel mobilisateur qui résonne encore (p. 120), plus nécessaire que jamais. Pour l’auteur, la détermination des élites, de grands hommes, peuvent faire encore « échec au probable », dévier le cours des choses, redresser la barre. Il compte sur les valeurs évangéliques « Sobriété et solidarité : deux enseignements placés au cœur même de l’Evangile » (p. 175).


J’aime cette insistance sur la sobriété de vie, à l’inverse de l’accumulation égoïste des richesses, qui remplace l’ancienne exhortation à la pauvreté afin de gagner le Ciel. C’est là un vocabulaire nouveau, sans relent masochiste ni doloriste et sans autre excès, qui ne pénalise personne et permet le partage. Il va dans le sens des valeurs évangéliques tout en pouvant être très largement adopté comme style de vie par tous. La sagesse d’un retour à la Nature loin de l’agitation des grandes villes, la restriction drastique des dépenses en temps de crise économique, la vie modèle d’un élu démocrate qui se doit au service des autres, et bien d’autres motivations modernes, rejoignent aujourd’hui la vision des décroissants. Le nouveau pape catholique, François, a lui aussi su, dès son élection, faire les gestes de la simplicité loin des mondanités romaines : ils ont rencontrés d'emblée un immense écho médiatique. Alors que la culture people donne à admirer les riches et les puissants, ceux qui réussissent et connaissent le succès, voici qu’émerge une nouvelle culture de la modestie où les chrétiens fidèles à l’Evangile sont tout naturellement en première ligne.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans croyants-non croyants
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