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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 19:12

A propos du film « Des hommes et des dieux » : foi et religion, un débat à ré-ouvrir ?, réflexions de Pierre Locher.

des-hommes-et-des-dieux « Une rencontre avec de vrais hommes, sans les oripeaux de la religion », cette phrase un peu abrupte entendue sur France-Culture à propos du film de Xavier BEAUVOIS pose une question de fond : quel rapport ces hommes de foi, qualifiés de « vrais hommes », ont-ils avec la religion ? Pourquoi des millions de spectateurs y ont-ils vu de vrais hommes, et non les représentants d'une religion, encore moins ceux d'une institution ?

On a beaucoup parlé de ces moines, de leur vie, de leur « sacrifice » (rapprochement un peu rapide ? ...), de leur témoignage, mais je n'ai pas lu beaucoup de commentaires sur ceux qui sont le plus souvent absents de l'image, mais terriblement présents par la peur qu'ils instillent en permanence, je veux parler de ceux que l'on nomme les terroristes, le GIA, les extrémistes, les fondamentalistes, les islamistes, bref les auteurs du mal qui survient dans ce monastère et ce village algérien ( à noter que deux des termes utilisés ont une forte consonance religieuse : fondamentaliste, islamiste).

On a souvent parlé à leur propos - en dehors du film - de « fous d'Allah » ou de fous de Dieu, terme terriblement ambiguë puisqu'il a été aussi utilisé pour qualifier certains mystiques – au bon sens du mot – chrétiens. On s'est empressé de dire que le fanatisme (de fanum = le temple) religieux n'avait rien à voir avec la religion des musulmans « modérés » (qu'est-ce qu'une foi modérée ? J'avoue mon étonnement devant cette expression…). Ne faut-il pas plutôt poser ou reposer la question de la religion et de son rapport à la foi ? Ne faut-il pas se demander si toute religion n'est pas portée au fanatisme dès qu'elle confond son temple - ou sa doctrine - avec Dieu , en un mot dès qu'elle abandonne la foi pour le temple ? « Fous de Dieu », les fondamentalistes ? (de toutes religions, je m'empresse de préciser) ? ou hystériques du temple ? drogués à un texte sacralisé ? ivres de religion ?

Les prophètes d'Israël mettaient déjà leurs contemporains en garde contre cette confusion entre le religieux et la foi dans le Dieu unique : « Je déteste, je méprise vos pèlerinages, […] dans vos offrandes, rien qui me plaise, […] éloigne de moi le brouhaha de tes cantiques... ». C'est ce que le prophète Amos lit sur les lèvres du Dieu de la Bible, et Isaïe, Osée ou Michée diront la même chose. Et c'est aussi ce que dit sous une autre forme le prophète contemporain qu'a été Dietrich BONHOEFFER, assassiné par les nazis : « Ce n'est pas l'acte religieux qui fait le chrétien, mais sa participation à la souffrance de Dieu dans le  vie de l'homme ».

Jésus de Nazareth, héritier de la tradition prophétique, a souvent renvoyé les scribes et pharisiens  à leurs chères études en leur précisant qu'il n'y avait que deux commandements : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton être... »  et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » et qu'ils n'en faisaient qu'un. Aucune prescription cultuelle, ni religieuse, ni morale.

Pourquoi les apôtres ont-ils si peu compris le message de leur maitre ? parce qu'ils étaient enfermés dans leur croyance religieuse, dans leur représentation de Dieu qu'ils tenaient de l'institution religieuse juive ( « pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de foi ? »). Qui sera à l'origine de la condamnation à mort de Jésus ? Les chefs religieux de son temps, les Saducéens, les gardiens du temple, au sens propre comme au sens figuré. Et, faut-il le répéter, Jésus n'a jamais cherché à fonder une nouvelle religion, il a juste essayé de nous révéler qui était celui qu'il appelait son Père, qui était celui en qui il avait mis toute sa foi .
 
Pour reprendre quelques phrases du théologien Joseph MOINGT : « La religion, ce sont des obligations et des traditions religieuses, avec lesquelles on croit qu'on a accès à Dieu ou qu'on contente Dieu. C'est avec une telle conception religieuse que Jésus a rompu [...] On en a toujours besoin, mais l'essentiel n'est pas là. [...] La foi refuse les garanties, alors que la religion en donne. Cette dernière attire même le croyant en lui garantissant le salut. » Les choses sont claires pour Joseph MOINGT : il nous faut sans cesse reprendre la distinction entre foi et religion.

Un agnostique comme Marcel GAUCHER a bien vu et montré que le christianisme était la « religion de la sortie de la religion », selon son expression. Pourquoi sommes-nous dans l'incapacité de le voir ?

Pour en revenir à Tibhirine, les vrais « fous de Dieu » , ceux qui ont foi en l'amour fou de Dieu pour les hommes et en témoignent, n'ont-ils pas été les victimes innocentes des fanatiques du temple (pléonasme ?) , des drogués de la religion ?

Foi et religion : le sujet mérite d'être ouvert ou ré-ouvert, il me semble que les groupes de chrétiens « critiques » qui se sont manifestés depuis plusieurs mois ne l'ont que très peu abordé.

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Published by Pierre Locher - dans la bibliothèque de l'EUfr
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