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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 13:15

Libre propos de Jean-Claude Barbier (note du 17 août 2010), publié dans le bulletin n° 114 de la Correspondance unitarienne d'avril 2012, traduit en italien par Giacomo Tessaro le 29 avril 2012 sur le site de la Congegazione Italiana Cristiano Unitariana (CICU), lien


L’évangile de Jean avoue que « nul n’a jamais vu Dieu ». Comment alors peut-on en parler ? On s’appuie sur des dites révélations pour affirmer que Dieu ou telle divinité est ceci ou cela !  Mais qu’en sait-on réellement ?


Les polythéismes africains sont par exemple beaucoup plus sobres sur le Dieu créateur qui, remonté au ciel, ne s’occupe plus de la destinée des humains. Les gens crient vers lui au temps des disettes et des grandes catastrophes, mais sachant que c’est en vain. Ils ont recours à des divinités utilitaires qui, elles, sont connues par leur sexe, la ou leurs couleurs préférées, et leur caractère.


Creation--Michel-Ange.jpg

Michel Ange - la Création d'Adam


On s’émerveille en lisant dans la Genèse que Dieu fit l’homme à son image, mais si c’était l’inverse ? On façonne un Dieu idéal avec nos mots et nos pieuses spiritualités pour affirmer notre soumission totale à sa volonté supposée (l’islam) ou encore pour nous rapprocher de Lui par des prophètes qui jouent les intermédiaires (Jésus) et des êtres parfaits (le culte marial et celui des saints). Ne créons nous pas des idoles faits de mains d’homme, y compris IHVH de l’Ancien testament et le Dieu Amour si cher à Jésus ?


Les dieux sont protecteurs de leur peuple et lorsque celui-ci connaît des revers, ceux-ci sont tout simplement expliqués par les fautes des fidèles et leur manque de piété. Dans ce système, les dieux ont toujours raison. Ne faut-il pas punir le peuple à la nuque raide, le redresser et le remettre dans le droit chemin, condamner la vanité et la suffisance des puissants, leur montrer qu’ils doivent aussi se soumettre à la volonté des dieux ? Dans le cas de l’anéantissement d’un peuple, une grave crise de confiance s’instaure et ont dit alors que tel dieu a abandonné son peuple.


Vouloir qualifier les divinités est toujours risqué car les attentes des fidèles risquent d’être déçus. Comment dire par exemple que Dieu est juste et non pas arbitraire s’il reste sourd aux suppliques de ses fidèles, surtout si ceux-ci sont pauvres, victimes d’injustice, innocents de faute. Certes, que Ta volonté soit faite, mais encore faut-il que Dieu réponde d’une manière ou d’une autre, de personne à personne. On se rappelle du cri de Job : si j’ai fauté par inadvertance, dis moi au moins qu’elle est cette faute ? Il reste à se soumettre sans comprendre ce qui arrive, à mettre cela sur le dos des mystères de la grandeur de Dieu, hors de portée de notre raison. C’est la fin de l’alliance lisible, à savoir d’un contrat clair et net entre le dieu protecteur et ses fidèles.


En affirmant un Dieu universel qui gère non seulement le peuple élu, mais aussi tous les autres peuples, le judaïsme eschatologique, se basant sur les grandes visions d’Isaïe, imagine toutes les nations réunies sur le mont Sion (sous la houlette d’Israël bien sûr !) et reconnaissant la toute puissance du dieu d’Israël, les autres dieux étant relégués au statut d’idoles faites de main d’homme. IHVH protecteur d’Israël, mais aussi de la cité de Ninive, acceptant la repentance des gens de cette ville et leur pardonnant au grand dam du prophète juif Jonas. Mais nous sommes là dans le contexte d’une Fin de temps, car comment un tel dieu pourrait-il protéger des peuples dont les intérêts seraient divergents ? Certes au terme des guerres, les nations monothéistes qui sont victorieuses chantent un Te Deum et les autres retournent à la piété des souffrants.


En plus, par rapport aux autres religions, le christianisme, en introduisant la notion d’un Dieu Amour court plus particulièrement un gros risque de contradiction. Certes, une partie des malheurs est expliquée par Dieu qui punit les insolents et les vaniteux, qui se rappelle à notre piété. La méchanceté des hommes qui font souffrir les autres explique aussi bien d’autres malheurs : Dieu s’en occupe puisqu’ils n’échapperont pas à un Jugement dernier ! Mieux leurs victimes seront récompensées de leurs souffrances : Bienheureux … Le Satan est également là pour expliquer l’endurcissement des cœurs et la cruauté humaine. Mais il restent les catastrophes naturelles dont on ne voit pas trop bien ce qu’elles viennent faire dans une Création faite par un Dieu Amour.


Alors faut-il maintenir un théisme avec un Dieu providentiel, juste et attentif à chacun ? Désireux du progrès de l’Humanité, guidant nos pas, nous relevant lors de nos chutes, veillant à nos destins.


Le panthéisme connaît en ce moment un retour en sa faveur : un Dieu créateur qui ferait corps avec sa création, qui serait dans ses lois et qui n’y dérogerait pas nonobstant les justes suppliques des uns et des autres ; une Création où la vie et la mort sont étroitement liées, où l’éternité se joue dans une chaîne de transmission, dans la naissance de nouveaux individus, et non pas dans la prolongation de la vie d’un individu si puissant soit-il, si méritant soit-il (par la divinisation des héros, par la résurrection, par la réincarnation, etc.). Le Dieu non plus d’Israël, mais le Dieu du big-bang, immanent à cette lumière bleue des origines, à la fois cause et effets. La Source de toute chose, de la Vie, l’Être qui contient tout, l’existant au-delà des formes diverses de son œuvre.


Mais alors, paradoxalement, on retourne au culte de Baal, célébrant le renouvellement de la Nature à chaque printemps, la Vie qui se continue inexorablement au travers des froidures de l’hiver. On célèbre l’ivresse de la vie que nous apporte Bacchus avec son vin. On célèbre les jouissances sexuelles qui, par le plaisir, permettent la reproduction des espèces. On retourne aux grandes intuitions du paganisme où le fidèle fait corps avec la Nature.

 

Un Dieu avec qui on ne dialogue pas, sourd à nos prières, mais que l’on peut louer pour la Vie qu’il nous a donnée. Un Dieu qui ne nous promet rien, mais qui est donneur de vie dans une dynamique teilhardienne où l’on peut, en définitive, retrouver Son intelligence et Son amour. Car cette Création, toute chaotique qu’elle puisse paraître dans le court terme, évolue vers plus de conscience, de connaissance, d’éducation, de communication, de fraternité … Ce qu’essaie de nous dire la théorie du Dessein intelligent.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans croyants-non croyants
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