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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 17:06

crematorium d uccle bruxellesEn France, nous devons le choix entre inhumation ou incinération à la loi « laïque » sur les libertés funérailles votée en 1887. Le premier crématorium français a été créé en 1889 à Paris, dénommé aujourd'hui crématorium du Père-Lachaise. D'autres crématoriums sont rapidement mis en service : Rouen (1899), Reims (1903), Marseille (1907), Lyon (1913) et Strasbourg (1922), mais il faudra attendre 1972 pour qu'un autre crématorium soit mis en fonction à Cornebarrieu près de Toulouse ! En effet, l’Eglise catholique s’y opposera et n’autorisera la crémation qu’en 1963. Par ailleurs, les Pompes funèbres ayant le monopole jusqu’en janvier 1998, elles ne s’empressèrent guère de construire des crématoriums car les inhumations étant plus cher de 30% s’avéraient plus rentables pour elles ! Depuis le début de notre siècle, chaque département dispose aujourd’hui d’au moins un crématorium et la pratique s’est largement répandue.

 

Le crématorium d'Uccle dans l'agglomération de Bruxelles où fut incinéré le pasteur Pierre Bailleux le 6 février 2008.

 

Ceux qui font le choix de la crémation peuvent être motivés pour des raisons pratiques : les dépenses sont effectivement moins élevées ; la dispersion des cendres sur une place de souvenir permet d’éviter les frais d’une concession funéraire, ainsi que l’entretien d’une tombe rendu de plus en plus difficile depuis que les familles se trouvent éclatées aux quatre coins de l’hexagone, sinon à l’étranger. J’y ajoute aussi la discrétion lorsqu’on s’attend à ce qu’il y ait peu de personnes au dernier rendez-vous du défunt.


Mais il peut y avoir aussi des raisons directement religieuses. Par besoin de trouver un lieu adéquat pour faire une cérémonie, beaucoup de familles non pratiquantes présentaient néanmoins leur défunt au lieu de culte de leur quartier ou commune. Rares encore sont les familles qui se rendent directement au cimetière en court-circuitant les lieux de culte pour y faire un dernier discours, en courant le risque des intempéries. Pour celles qui ont un passé chrétien, elles font valoir le pedo-baptême du défunt même si ce dernier a depuis adopté d’autres convictions. Il s’ensuit une récupération par les Eglises qui en profitent pour rappeler leur théologie, faisant fi de l’itinéraire spirituel du défunt, avec parfois la complicité de certains membres de ces familles.


En cela, le crématorium va offrir une alternative. Une salle de réunion est mise à la disponibilité de la famille du défunt et c’est à elle d’organiser la cérémonie d’adieu. On y retrouve une liberté religieuse et philosophique, les convictions du défunt pouvant être rappelées en toute sincérité ; également une décléricalisation dans la mesure où il n’y a plus monopolisation de la parole et des rituels par un spécialiste du sacré (prêtre, pasteur, rabbin, imam, etc.). L’affaire revient donc entièrement aux mains de la famille et des amis du défunt.


Mais alors que les civilisations coutumières, traditionnelles, avaient su développer l’oralité tant au niveau de l’expression des émotions que des discours spontanés des participants, la nôtre n’a guère été en ce sens, déléguant cette expression aux artistes, aux religieux et à son élite politique. Il y a donc une redécouverte de l’oralité à faire. Il s’ensuit qu’au sein des crématoriums certaines familles sont prises au dépourvu, n’ont pas eu le temps de préparer un éloge funèbre ou d’organiser l’expression des uns et des autres. Silences lourds, balbutiements, si ce ne sont des règlements de compte lorsque le défunt a laissé derrière lui un contentieux ! C’est en quelque sorte l’apprentissage de la démocratie !


Il convient de rappeler ici que, à la fin du siècle dernier, l’Eglise catholique a prise deux décisions importantes qui ont été dans le sens d’une plus grande participation des familles en deuil. D’une part en proposant un office sans eucharistie, ce qui a permis un accueil plus libéral des familles non pratiquantes ; d’autre part en déléguant des laïcs pour l’organisation de ces offices et leur présidence en l’absence d’un prêtre. Si bien que la participation des familles en deuil est aujourd’hui beaucoup plus largement admise ; il en est de même d’ailleurs pour les baptêmes et les mariages qui se font dans la convivialité et non plus dans la rigidité d’un rituel ou d’une pompe liturgique. Cela dépend bien entendu du religieux qui a en charge la pastorale du lieu de culte.


Les crématoriums sont des espaces ouverts à la disposition des familles et des amis des défunts. A eux de se les approprier avec l’aide des personnels locaux chargés de l’accueil ; à eux désormais d'organiser, d'imaginer, d'innover, de créer du lien social, de faire évènement ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le travail de deuil
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