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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 13:00
par la révérende Maria Pap, ministre du culte de l'Eglise unitarienne de Transylvanie et titulaire de la chaire de notre Eglise, à l'occasion de notre culte mensuel du mois de juillet 09.

" Comme Jésus parlait encore à la foule, sa mère et ses frères se tenaient dehors et cherchaient à lui parler. Quelqu’un lui dit : Ta mère et tes frères se tiennent dehors et cherchent à te parler. Mais Jésus répondit à celui qui le lui disait : Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Puis il étendit la main sur ses disciples et dit : Voici ma mère et mes frères. En effet, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui là est mon frère et ma soeur et ma mère." (Mt 12, 46-50).

Jésus enseignant aux foules

Pendant longtemps, ce récit m’a paru bien étrange et contraire à l’image de Jésus que je m'étais faite. Comme enfant, et plus tard comme étudiante en théologie et de la Bible, j’avais devant mes yeux un Jésus gentil, tendre, compatissant. Un Jésus qui avait un mot d’amour, un geste de solidarité et d’espérance envers tous ceux qui se tournaient vers lui. Or, dans ce texte, le même Jésus renie sa mère et ses frères et, pour moi, c’était incompréhensible. Pourquoi cette amertume, pourquoi ce geste indigne de lui ?


A premier vue, peut-être que ce rejet prend-il ses racines à la suite du témoignage qu’il fit dans la synagogue de Nazareth, où il avait scandalisé tout le monde, y compris ses parents. Il avait alors lu un passage d’Isaïe concernant l’arrivée du Messie et il eut l’audace de dire que, par lui, tout s’accomplira.
Son amertume vis-à-vis de sa famille venait-elle de là ? Il avait dit alors : " Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents et dans sa maison ".


Mais, lui qui nous a enseigné de pardonner soixante-dix sept fois ne pourrait-il pas pardonner à sa famille ce qu’il a ressenti alors comme une offense ? Oui, cela nous fait très mal quand nous ne sommes pas compris par ceux que nous aimons. Il est en effet plus facile de pardonner à des gens inconnus ou qui ne touchent pas notre vie en profondeur.

Mais la vérité s’avère un peu différente et, parfois dans notre vie familiale, nous devons réaliser avec la même amertume de Jésus qu’aimer n’est pas nécessairement comprendre. On peut aimer sans comprendre (et nombre de couples se vivent ainsi) comme on peut comprendre sans aimer (lorsqu’il nous faut par exemple comprendre les raisons et accepter des évènements contre son gré).


N’être pas compris par sa famille, c’est toujours douloureux, mais ce n’est pas impardonnable ! On ne pourrait d’ailleurs pas vivre comme famille, comme communauté sans la possibilité quasi journalière de se réconcilier.

Interrogeons-nous sur cette attitude de Jésus. Cette offense non pardonnée est-elle le fait d’un Jésus, fils et frère, ou plutôt d’un Jésus prophète de Dieu ? Peut-être que pour Jésus l’incompréhension de sa famille à son égard est-elle moins douloureuse que leur incompréhension de la parole de Dieu ?
Dans le récit, il y en a un rejet particulier, la parenté, et une acceptation universelle. Or ils sont indissolublement liés.


J’ai finalement compris ce message à partir de mon expérience personnelle.


Je suis une enfant adoptée. Ma mère biologique, ne voulant pas de moi, me donna en adoption à un couple qui était sans enfant. Jusqu’à présent, je n’avais jamais lié ce récit des évangiles à ma vie personnelle, parce que j'ai toujours considéré mes parents adoptifs comme mes vrais parents. Leur amour envers moi, le soucis qu’ils ont eu pour moi, leur travail pour faire mon bonheur m’ont toujours rassurée que j’étais bien leur fille. C’est là un exemple que la famille n'est pas toujours une question de biologie, de liens de sang ou de coutume d’un pays.

Certes, ces liens biologiques sont d'habitude à la base d’une famille, mais ils ne suffisent pas. Une vraie famille doit être plus que de simples relations de parenté ; il faut y ajouter l’amour, des responsabilités assumées, des peines et bonheurs partagés ...


Dans cette optique, le geste de Jésus n’est pas tant un rejet que l’acceptation de la grande famille des enfants de Dieu.


Etre dans la grande famille de Jésus n’a été et ne sera jamais facile. Regardons d’abord ses disciples, ceux qui furent les plus proches de lui. Combien de fois n’ont-ils pas été indignes d’appartenir à cette famille ? Combien de fois n’ont-ils pas compris les paroles de leur Enseignant ? Ils se sont querellés pour des questions de préséance, ont demandé à être récompensés pour leur fidélité, et finalement l’ont abandonné en plein péril ; puis Pierre l’a renié par trois fois. Et pourtant, malgré toutes ces faiblesses humaines, ils ont eu le courage, à la Pentecôte, de continuer le travail de Jésus, proclamant l’Evangile et établissant les premières communautés chrétiennes.

Faire partie de la famille de Jésus n'est pas un fait accompli, mais un devoir pour lequel nous devons travailler chaque jour. Nous avons aussi nos faiblesses, nos tendances à nous disputer, notre aveuglement à nous séparer de gens que pourtant nous aimons, etc.

Jésus nous rappelle que nous sommes tous les membres d'une grande famille liés non pas par des liens de sang, mais par des liens d'amour vis-à-vis de notre Père et envers les autres.

Chaque fois que nous assumons notre responsabilité d’humain, de chrétien, d’enfant de Dieu, nous renforçons notre adhésion à cette grande famille. Chaque fois que nous avons le courage de pardonner, d’aimer et d’espérer malgré tout, nous sommes les parents, les fils, les mères, les frères et les soeurs de Jésus.

Dans cette communauté ouvrons notre coeur, notre âme, notre conscience pour déceler l’esprit de Dieu dans notre vie, pour recevoir la force et l’amour de vivre, et de travailler comme membres de la famille de Jésus, en faisant la volonté de notre Père.
Ainsi soit-il. Amen.

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Published by Maria Pap - dans la chaire du pasteur
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commentaires

jean-Claude Barbier 24/12/2009 23:40


Merci Radu pour cette appréciation et vos meilleurs voeux venus de Roumanie. J'ai transmis votre message à la révérende Maria Pap. Bucarest votre ville est, en cette veille de Noël, enveloppée
d'une brume froide de 2°, et vous aurez, en vous réveillant en ce matin de Noël, de la rosée toute brillante de glace sur vos fenêtres et sur les carrosseries de vos voitures. Notre Eglise vous
souhaite aussi un bon Noël. Jean-Claude


Cristescu P. Radu 24/12/2009 22:19


J'ai lu plusieurs fois et avec beaucoup d'interet cette predication parce qu'elle contient beaucoup de choses qui conduisent notre vie cotidienne.
Radu Cristescu, Bucarest, Roumanie.
PS.Au Ministre du culte de l'Eglise Unitarienne de Transylvanie, la reverende Maria Pap :
Voeux de Joyeux Noel, bonne est heureuse Nouvelle Annee !


marike 15/07/2009 21:49

Merci, Maria Pap, pour ce sermon simple et enrichissant.

jean-Claude Barbier 11/07/2009 08:47

Merci Jean pour ce bonjour venu du Cameroun. Le christianisme unitarien se développe actuellement en Afrique noire car les gens apprécient le respect de toutes les autres religions y compris les religions ancestrales, et aussi la liberté de pensée et d'expression et moins de dogmatisme. Jean-Claude

Jean du Cameroun 10/07/2009 12:16

bonjour,tout simplement pour vous dire que cet enseignement,et
cette manière de comprendre la bible est aussi exéllente. elle
a ouvert mon esprit à une autre forme de compréhension.
merci à la révérende Maria et à toute l'équipe qui s'occupe.
reçevez mes salutations fraternelles.
Jean du Cameroun

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