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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 14:00

Contribution de la révérende Maria Pap, ministre de l'Eglise unitarienne de Transylvanie, à la rencontre aux Pays-Bas des pasteurs et des étudiants de l’Eglise unitarienne de Roumanie et de la Fraternité des Remonstrants, les 18-25 avril 2005. Dans les Actes publiés en anglais : "Report of the Meeting of ministers and scholars of the Transylvanian Unitarian Church in Romania and of the Remonstrant Brotherhood in The Netherlands", 115 p. multigraphiées en format A4, pp. 53-55 ; contribution traduite en français par Noëlle Colle (AFCU, France)

 

The Person of Jésus, Who do-you say I am ?

La personne de Jésus, "Pour vous qui suis-je ? " 

 

C’est la question que Jésus adressait à ses disciples et c’est la question que les chrétiens se posent depuis lors. La réponse est la plus forte source de division entre les communautés chrétiennes.

Illustration : tête en bois de Jésus à l'église de Mazilles (France)

Le fait que les principaux témoignages viennent des évangiles écrits en vue d’un objectif et considérés comme partiaux, n’aide pas à trouver cette réponse. Nous avons très peu de preuves documentaires émanant de sources non chrétiennes. Nous trouvons des références dans les Annales de Tacite qui nous disent que le chef des chrétiens " a été condamné à mort sous le règne de Tibère par le procurateur Ponce Pilate". Pline le Jeune informe l’empereur Trajan que les chrétiens " chantent un hymne au Christ en tant que Dieu ". Nous avons plusieurs références dans Joseph Flavius ; dans un des passages il parle de Jésus comme " un homme sage ... un auteur d’actions merveilleuses …un enseignant dont les hommes reçoivent la vérité avec plaisir... et la race des chrétiens dont le nom vient de lui n’a pas disparu même maintenant ". L’authenticité de ce passage fait l’objet de nombreux débats mais d’après Geza Vermes cette brève référence pourrait en fait être un authentique presque contemporain rapport de ce que les Juifs du temps de Jésus pensaient de lui : pas un Dieu, ni un hérétique mais un homme sage et l’auteur d’actions merveilleuses.

En dehors de ces premières sources romaine et juives, il nous reste les quatre évangiles qui, bien que masquant la figure de Jésus en faveur de celle du Christ, ne peuvent effacer l’humanité de Jésus. Les évangiles ne disent rien des différentes périodes de la vie de Jésus ; il n’est donc pas possible d’écrire sa biographie. Lui-même n’a pas écrit un seul mot et n’a rien fait pour s’assurer que ses paroles seraient fidèlement transmises. Il y a cependant quelques faits qui peuvent nous éclairer à son sujet. Geza Vermes en trace un profil d’après Marc :

Nom : Jésus

Nom du père : Joseph

Nom de le mère : Marie

Lieu de naissance : pas mentionné

Date de naissance : pas mentionnée

Lieu d’habitation : Nazareth, Galilée

Statut marital : pas mentionné

Profession : charpentier, faiseur de miracles, prêcheur itinérant

Nous en savons plus sur sa mort

Lieu du décès : Jérusalem

Date du décès : d’après le procurateur Ponce Pilate, entre " 26-36 A.D. " probablement l’année 30

Cause du décès : crucifixion

Lieu de l’ensevelissement : Jérusalem

J’ajouterai un point que les chrétiens ont tendance à oublier :

Nationalité : Juive.

Ce sont les grandes lignes d’une vie qui fut habillée, embellie, transformée par la passion, l’imagination, les circonstances et les besoins de ses disciples. Et le résultat fut l’Eglise chrétienne, dans laquelle les enseignements et les messages de Jésus furent masqués par les enseignements et les messages au sujet du Christ. Peter Handke, dans sa courte biographie, fait une critique convaincante de ce christianisme.


Epigraphe : " A quoi servirait-il à un homme de sauver son âme s’il perd le monde entier" 
(Matthieu 16, 26), cité par Handke.

Récit de vie : " Dieu est né la nuit du 25 décembre. La mère de Dieu l’enveloppa dans des langes . Après peu de temps il dut s’enfuir en Egypte sur un âne. Quand ses actions devinrent obsolètes, Dieu revint dans son pays parce qu’il pensait que c’était la meilleure place pour grandir. Il grandit tranquillement en âge et en sagesse .Il avait envie d’aider le monde. Il devint la joie de ses parents qui firent tout pour en faire un homme respectable. Après quelques études il devint charpentier. Mais quand le moment fut venu il abandonna les affaires à la grande déception de son père. Il sortit de l’ombre. Il ne voulait pas rester à Nazareth, mais il se mit en route et commença à parler de l’imminence du Royaume de Dieu. Il fit des miracles. Aux mariages il amusait les hôtes. Il chassait les démons. En faisant cela il mena à la ruine un éleveur de porcs. Un jour à Jérusalem il chassa les vendeurs du temple ; Il ne tenait aucun compte de l’interdiction des réunions publiques et parlait où il voulait et quand il voulait. Parce que les gens en avaient assez il suscitait leur intérêt. Cependant il prêchait pour des sourds. Plus tard il fut accusé de dresser le peuple contre les autorités en se faisant passer pour le messie attendu depuis longtemps. D’un autre côté il faut noter que Dieu n’était pas inhumain. Il n’aurait même pas fait de mal à une mouche. Il n’était pas misanthrope. Si nous passons sur sa légère tendance à frimer, fondamentalement il était inoffensif. Certains considéraient qu’il valait mieux avoir ce Dieu là que de ne pas en avoir. Mais la plupart des gens ne faisaient pas attention à lui. Le résultat fut que son cas devint mineur. Il ne se justifiait pas beaucoup et chaque fois qu’il le fit il tournait autour du sujet ; En même temps il continuait à affirmer : je suis celui qui suis. Mais le plus souvent il était silencieux. Le vendredi saint de l’année 30 ou 33 de la nouvelle ère, après un rapide et inéquitable procès, il fut crucifié.

Il dit sept mots. Un après-midi chaud et ensoleillé à 3 heures, il poussa son dernier soupir".

Au même moment on a enregistré à Jérusalem un tremblement de terre de force moyenne. Nous en avons un compte rendu indiquant des dommages matériels mineurs.

Je sais que cela peut paraître blasphématoire mais çà montre la grande distance entre le Jésus de Nazareth et le Christ des Eglises. Où nous situons-nous en tant qu’unitariens ?
Si les deux présentations se situaient aux deux bouts d’une échelle nous serions quelque part dans le milieu.


Francis David, le fondateur de notre Eglise unitarienne, comme tous les Réformés, insiste sur un retour aux enseignements de Jésus selon l’Ecriture. De la croyance en l’unité de Dieu il découle naturellement la croyance en l’humanité de Jésus. Ce fut une étape importante et dangereuse de passer, au XVIème siècle, de la croyance centrée sur le Christ à celle centrée sur Dieu. Ce fut une chose courageuse que de proclamer que Jésus était simplement un homme au lieu du Christ, seconde personne de la Trinité.

Francis David croyait que la Réforme signifiait un retour à la véritable source du christianisme qui se trouve dans les enseignements de Jésus. Jésus était et continue à être pour nous d’une importance prédominante à cause de son humanité. En tant qu’enfant de Dieu il nous montre non seulement l’amour et le pardon de notre Père mais le chemin et la possibilité de vivre selon la volonté de Dieu. La position de David par rapport à Jésus fut reprise des siècles plus tard par les chrétiens libéraux à la recherche du Jésus historique. Bien qu’à la fin cette quête ait eu un aboutissement différent de ce qu’on pouvait espérer, cela a énormément aidé à clarifier et limiter les différents comptes-rendus le concernant.

Le travail théologique commencé par Francis David fut suivi par d’autres théologiens unitariens qui ont aidé à développer notre position sur Jésus en tant que part de notre héritage libéral. Mais ...
Mais notre héritage unitarien avec tout son libéralisme n’est jamais arrivé à la conclusion finale sur la question de Jésus. Cette contradiction est principalement due au passé historique et social de notre Eglise. La lutte continuelle pour maintenir notre caractère chrétien face aux chrétiens orthodoxes qui nous en déniaient le droit, en partie à cause de nos croyances sur Jésus, a fait que, au lieu de nous affirmer nous-mêmes, nous avons essayer de le faire en nous servant des définitions faites par d’autres.

Ceci nous a fait nous arrêter au milieu du chemin.


Qui est Jésus pour nous ?
Enfant de Dieu comme nous tous, qui devient notre modèle par son humanité.Nous ne l’adorons pas mais essayons de suivre ses enseignements et son exemple. Il n’est pas notre sauveur mais il nous montre le chemin à suivre pour notre salut personnel.

Ce sont là des déclarations claires et raisonnables mais leurs implications sont problématiques même pour nous. Quels sont les problèmes fondamentaux qui se posent à nous pour comprendre Jésus ?
Bien que nous mettions l’accent sur ses enseignements nous donnons quand même une grande importance à sa vie et à ses actions. C’est compréhensible puisque nous ne le considérons pas seulement comme un professeur mais aussi comme un modèle à suivre. Ce qui pose problème ce sont les sources sur lesquelles repose notre compréhension et nos relations avec elles. Nous acceptons une partie du Nouveau Testament et rejetons les autres à la lumière de notre raison, cependant cela ne prouve ni que ces récits sont authentiques ni le contraire, simplement que nous en faisons une autre lecture. Nous voulons être certains qu’il y a accord entre ses dires et sa vie mais nous ne voulons pas séparer sa personne de ses enseignements. Nous avons tendance à négliger ou théoriser les moments de sa vie où ,selon les récits ,il ne mesurait pas son message ou se contredisait lui-même (ou l’image que nous avons de lui).

Les événements de sa vie jouent toujours une part importante dans la vie liturgique de notre Eglise et ainsi l’ombre du christianisme traditionnel rode toujours en arrière-plan. Je considère que c’est là le cordon ombilical du courant principal que nous ne voulons pas abandonner même si nos interprétations de ces événements sont différentes ou même si ces événements en eux-mêmes n’ajoutent rien à ses enseignements.

Le mi-chemin est même encore plus décelable dans notre compréhension de l’humanité de Jésus. D’après notre confession de foi " nous croyons en Jésus, le meilleur (parfait) fils de Dieu, notre véritable professeur " ; d’après notre catéchisme : " Jésus était le plus grand prophète de Dieu ".

Il y a un presque imperceptible degré qui est conflictuel avec la théologie officielle.. Nous disons que Jésus est le fils de Dieu comme nous sommes tous ses enfants, ainsi nous nous mettons sur un pied d’égalité. Cependant, en même temps, nous le qualifions de " parfait ", " le plus grand " ce qui l’éloigne de nous. Nous faisons attention en utilisant ces mots de préciser que nous ne les utilisons pas dans un sens ontologique mais éthique, cependant le malaise demeure. Entre l’image de Jésus, le Juif et Christ, le Sauveur, nos réponses demeurent à mi-chemin entre beaucoup plus et pas assez.

C’est dommage que Jésus lui-même n’ait jamais répondu à la question en titre et les récits des révélations qu’il a fait de lui-même ne sont pas fiables. Est-ce que si nous avions un journal de chaque jour de sa vie ce que nous pensons de lui serait différent ? Compterait-il plus ou moins dans notre vie si nous savions de façon certaine qui il pensait être ? Prophète, enseignant, fils de Dieu ?

Nous nous considérons comme une Eglise chrétienne, droit qui nous a été et continue à nous être contesté sur des bases théologiques.

Notre réponse à la question en titre a été et reste toujours considérée comme non satisfaisante. Je me soucie pas de ce que les autres pensent que notre réponse devrait être mais je suis préoccupée par la nécessité de la reformuler pour nous. Je pense que la question ne sera pas réglée tant que nous ne prendrons pas la peine d’aller jusqu’à la fin de notre chemin.

Pour vous qui suis-je ? ". La réponse à cette question est importante dans la mesure où nous savons ce que nous voulons en faire. Mais çà c’est une autre histoire.

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Published by Maria Pap - dans la chaire du pasteur
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RENOM DAVID 18/03/2009 14:57

Je souhaite ajouter un propos suite à la lecture de cet article.
A mon avis,Jésus est le"plus grand des prophètes" comme le définit le catéchisme unitarien de Transylvanie,certes pas dans un sens "ontologique" mais pas seulement "éthique";Il l'est surtout de façon spirituelle,inspiré qu'il était par le souffle de Dieu,don de Sa grâçe;Aussi,Jésus n'est pas si éloigné des hommes si on le voit comme le médiateur privilégié(mais peut-être pas exclusif) entre Dieu et nous autres,vers lequel nous nous tournons naturellement,sans l'adorer,pour marcher à la droite du Seigneur.

Présentation

  • : Eglise unitarienne francophone
  • Eglise unitarienne francophone
  • : Le courant unitarien est né au XVI° siècle et a été la "benjamine" des Réformes protestantes. Il se caractérise par une approche libérale, non dogmatique, du christianisme en particulier et des religions en général. Les unitariens sont près d'un million dans le monde entier. En pays francophones (en Europe occidentale : la France et ses oays d'Outre-Mer, la Wallonie, la communauté francophone de Bruxelles, la Suisse romane, Monaco et Andorre ; au Canada : le Québec ; et en Afrique noire), il s'e
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